Lectures, lecture ...
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Rien ne remplacera, pour moi, le plaisir de lire un livre … Je sais bien, alors que je vais atteindre dans moins d’un mois mon quatre-vingtième anniversaire, que j’appartiens déjà au passé.
Comme nombre de mes contemporains, j’ai pris connaissance avec tristesse - mais sans surprise - des conclusions du dernier rapport PISA sur les compétences acquises par les adolescents dans notre système scolaire autrefois si admiré.
Mes parents n’étaient pas des intellectuels mais considéraient que les études étaient la clé de l’ascension sociale, même et surtout pour les filles. Ma mère insistait pour que je sois indépendante financièrement, même mariée. Mes parents surveillaient mes notes mais ne m'apportaient aucune aide ...sauf en payant des cours particuliers en mathématiques, car je fus toujours archi-nulle en cette matière, à la différence de ma soeur aînée.
Toutes mes connaissances littéraires se limitaient alors à la collection des manuels Lagarde et Michard … donc, des extraits, mais tellement bien expliqués. Pourquoi roman Le Christ recrucifié de Nikos Kazantzaki fut-il le premier à capter mon attention ? Mystère ... Il faut parfois un rien pour déclencher une addiction !
Ensuite, j’ai découvert les livres d’histoire, les essais politiques nécessaires pour mes études. Enfin, et sur le tard, les romans d'Alexandre Dumas (à 50 ans, Les trois mousquetaires puis Le Comte de Monte-Christo ont été une révélation), les thèses de Fernand Braudel, les romans policiers et, naturellement, les polars historiques - merci au libraire Gérard Collard !
Aujourd’hui, la lecture constitue mon activité principale, je dirais même vitale. La seule angoisse qui m’étreint est d’arriver aux dernières cent pages de l'ouvrage que j’ai en mains et me dire que je ne vais plus rien avoir à me mettre sous les yeux après avoir tourné la dernière.
Cependant, je mesure que ce plaisir ne m’est pas venu naturellement. Et penser que plusieurs générations de Français « ratent » ce tournant essentiel de la connaissance - et du plaisir - me terrifie. Bien entendu, il y a les facteurs sociaux-économiques, la facilité du numérique, la difficulté d'apprentissage de la langue, le prix élevé des livres qui entrent en jeu pour éloigner les enfants de la lecture, mais surtout l’omniprésence des réseaux sociaux qui réduit à néant leur capacité de concentration.
Pourrons nous jamais revenir en arrière, rattraper le temps et l’énergie perdus, ou devenir une nation dépendante de n’importe quel discours démagogique et/ou de technologies corrompues par je ne sais quel magnat des médias ? J’en doute.
Les analyses montrent aussi que les parents s’impliquent de moins en moins dans les études de leurs enfants … Effet pervers de l’angoisse économique, de l’ascension des mamans à des postes à responsabilités, désarroi du corps enseignant submergé de réformes aussitôt abandonnées qu’initiées ?
Nous sommes tous responsables. Moi aussi, lorsque je gardais mes petits-enfants, j’étais ravie de les trouver bien calmes devant leur tablette …
Nous qui avons pourtant en partage une langue merveilleuse – même si elle est pleine de pièges, mais c’est aussi ce qui en fait son charme. Que deviendront ces générations abreuvées à TikTok lorsqu’elles atteindront l’âge de la retraite ? Je ne renie pas pour autant les ressources infinies de l’Internet : lorsque je découvre un nouveau mot, je suis ravie d’en apprendre aussitôt la signification sur mon téléphone portable.
Moi, je ne serai plus là pour le déplorer … mais en attendant, je suis allée faire un tour à la libraire du bout de ma rue. J’avais noté les références de deux ouvrages publiés par deux de mes auteurs préférés, et j’en ai découvert un troisième en vitrine …
Je suis donc rassurée pour le mois qui vient … et j’arrête avec mes vaticinations de vieille dame … et reprends la lecture du dernier roman d’Arturo Pérez-Reverte, et retrouve ses héros sur la ligne de feu de juin 1938.
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