Ligne de feu, roman d'Arturo Pérez-Reverte
Un jour particulier pour se souvenir des horreurs de la guerre ...
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Publié en 2020 en Espagne, ce roman magistral est disponible en français depuis cette fin d'été, dans une traduction étincelante. Et je préviens : personne n’en sort indemne. J’ose une comparaison : la série des gravures de Goya « Les désastres de la guerre », un autre chef d’œuvre.
Il raconte les combats acharnés de la guerre civile espagnole de la fin juillet 1938 : la bataille de l’Ebre. Il commence par le passage du fleuve sur la rive sud par la onzième brigade des troupes républicaines, puis décrit avec force détails les affrontements sanglants pour conquérir un village viticole durant les dix premiers jours de cette bataille qui va se prolonger jusqu’au mois de novembre et signera la défaite de la république espagnole face aux troupes du général Franco.
D’un côté les chemises bleues nationalistes, les phalangistes, carlistes, catholiques traditionalistes, avec le renfort des tabors marocains, de l’autre les fervents communistes de toutes obédiences (mais souvent antagonistes), cornaqués par les commissaires politiques staliniens tout aussi fanatiques, obsédés par l’épuration des « dissidents », les très jeunes appelés de la classe 1920 « les biberons », les membres des brigades internationales, les équipes féminines spécialisées dans l’établissement des communications, les correspondants de guerre pris entre deux feux …
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Arturo Pérez-Reverte n’a rien oublié de son passé de reporter de guerre et il sait de quoi il parle. C’est toutefois son premier roman consacré à la guerre civile espagnole. Son récit, terriblement réaliste, passe d’un héros à l’autre, d’un camp à l’autre sans transition, sans aucun jugement. Dans chaque bord, il y a des héros et des salauds, des convaincus et des enrôlés malgré eux qui cherchent à fuir l’enfer mais sont contraints de se battre pour sauver leur peau … C’est un tableau terrifiant de la guerre entre des espagnols qui parlent la même langue, sont issus des mêmes villages. Une hécatombe de jeunes talents des deux côtés.
« La guerre est trop souvent faite de l’acharnement des uns et des autres pour un avantage que l’on pend, que l’on perd, que l’on regagne et que l’on reperd, et les rivaux se vident de leur sang en s’y accrochant même quand il a cessé d’avoir une valeur tactique ou stratégique. »
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On s’attache à chacun et chacune des protagonistes de ce combat, on entend le bruit des balles qui dilacèrent les chairs, brisent les os, on imagine l’odeur pestilentielle des cadavres noirs de mouches, le terrible manque d’eau des combattants, la mort à chaque pas. Tous ces héros ne survivront pas, évidemment.
Car « Un soldat qui meurt a toujours l’air déçu, comme s’il n’arrivait pas à y croire. » Mais c’est là la réalité crue de la guerre, telle qu’elle se déroule aussi aujourd’hui, dans des tranchées des marches de l’Europe.
Un roman immersif d’un réalisme effrayant, traduit avec un talent remarquable, que l’on ne peut lâcher au cours de ses 650 pages.
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Je crois avoir lu à peu près 80% de l’abondante production littéraire d’Arturo Pérez-Réverte (né en 1951) depuis Club Dumas en 1995. Cette Ligne de feu est pour moi son roman le plus abouti.
Ligne de feu – Linea de Fuego – roman historique d’Arturo Pérez-Reverte, traduit de l’espagnol par Gabriel Iaculli, publié chez Gallimard, 650p., 25€.
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