La Révolution française, par Jean-Christian Petitfils
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Ce n'est pas le premier ouvrage consacré par maints historiens au sujet, et j'en ai déjà lu un certain nombre ... mais il m'apparaît que celui-ci est différent.
A cette occasion on ne peut qu'admirer l’extraordinaire production de Jean-Christian Petitfils, surtout lorsque l’on sait qu’à l’issue de ses brillantes études – diplômé en droit public, histoire et sciences politiques, il a accompli toute sa carrière comme cadre supérieur dans le secteur bancaire avant de se consacrer pleinement à l'écriture.
J’ai lu et apprécié (entre autres) sa série de biographies des rois Bourbons, et je craignais que ce nouvel ouvrage sur la Révolution ne fasse doublon avec sa biographie de Louis XVI … Il n’en est rien, bien au contraire !
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Avec ce pavé qui se lit comme un roman, l’auteur élargit la focale. C’est tout autant un essai historique que politique et économique qui souligne bien des constantes qui animent le peuple français de manière saisissante.
Il définit le contexte de l’année 1786, tant du point de vue de la situation économique (la sensibilité d’un pays agricole aux effets du dérèglement climatique, déjà !), que de la débâcle des finances publiques (notamment à la suite du laxisme de Necker et le soutien apporté à la guerre d’Amérique financé par l’emprunt et non par l’impôt). Calonne, lui, a été le premier à proposer un plan de redressement des finances publiques par un impôt payable par tous, qui sera naturellement combattu par le Parlement.
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Jour par jour, heure par heure, l’ouvrage permet de suivre les événements, les acteurs précisément nommés et leur position idéologique – et parfois leurs trahisons - donne les résultats de la recherche historiographique la plus récente, décrit comment et combien, en ces mois précédant et succédant aux émeutes, le pays se décompose, se morcèle, comment la modernité se coule dans le cadre vétuste de la vieille société d’ordres, secouant partout le joug des oligarchies.
La mécanique de basculement vers le totalitarisme est minutieusement démontée. Elle met en lumière les clans, les règlements de compte, l’hystérie collective de la « table rase » et de la suppression physique de tout élément suspect de ne pas adhérer aux principes nouveaux. La peur engendre la violence.
On y découvre aussi que bien plus que le 14 juillet, c’est la journée du 10 août 1792 qui est importante : elle a causé dix fois plus de victimes que la prise de la Bastille. Elle consacre la chute de la monarchie constitutionnelle pourtant finalement acceptée par Louis XVI et une grande partie des modérés et la naissance d’un pouvoir nouveau, la Commune insurrectionnelle, qui va bientôt les absorber tous : l’exécutif, le législatif et le judiciaire : « un système autoritaire doté d’un faux-nez démocratique issu de la manipulation des foules par une minorité subversive. »
Naturellement, Jean-Christian Petitfils n’est pas tendre avec les historiens de tendance marxisante (comme Albert Mathiez - 1874 - 1932) qui comparent bolchevisme et jacobinisme et prétendent que la Terreur fut causée par l’angoisse de la défaite aux frontières puisqu’à ce moment-là, les armées de la République enregistrent des succès … Il souligne la lutte à mort contre les Girondins, les factions irréconciliables (royalistes comme montagnards et enragés, liquidation des opposants et des féministes) … l’apogée puis la chute de Robespierre qui apporte un soulagement général.
C'est l'émergence de tout un monde politique - les sections, les clubs, les assemblées et les multiples conseils et comités - qui se chevauchent et où les extrémistes de tous bords tiennent le haut du pavé, infiltrent le camp adverse, fomentent complots sur complots de façon paranoïaque …
Entre autres découvertes, celle du scandale de la liquidation de la Compagnie des Indes en 1793, l'"affaire" qui servit de prétexte à l'élimination de Danton et de plusieurs députés corrompus de la Convention.
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Jean-Christian Petitfils clôt son ouvrage sur le coup d’Etat du 18 Brumaire par lequel Bonaparte consolide les acquis de la Révolution et l’oeuvre du Consulat et qui, selon Mona Ozouf et François Furet « ferme véritablement le cours des événements révolutionnaires. »
Il ne faut pas reculer devant le nombre de pages. Ce livre se dévore comme une série, à travers de nombreux (37) courts chapitres et nous éclaire sur bien des éléments pour comprendre la vie politique d'aujourd'hui ... "Il faut que tout change pour que rien ne change" disait Tancrède, dans "le Guepard" de Guiseppe Tomasi di Lampedusa."
La révolution française, par Jean-Christian Petitfils, 958 p., 29,90€.
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