Journal de bord d'une grand-mère grande lectrice et avide de continuer à apprendre, de ses trois filles et de ses 6 petits-enfants.
Voir le profil de Bigmammy sur le portail Canalblog
Il y avait plus de quatre ans que je n’avais pas remis les pieds dans cette église - la plus grande de Paris après Notre-Dame – où furent célébrées en août 2022 les funérailles de l’amour de ma vie, Claude …
En cette belle journée encore estivale – beaucoup de touristes en bermuda et parlant de multiples langues étrangères – l’église reste un havre de paix …
J’ai refait mon circuit habituel … et je me souvenais de cette cérémonie ...
La nef, si haute, la chaire à la balustrade chantournée, le transept nord à gauche avec le gnomon et la méridienne de cuivre enkystée dans le pavage de marbre blanc, la petite fenêtre pour le rayon disposée dans la verrière du transept sud, la chapelle de la vierge derrière le chœur, la chapelle Saint Jean-Baptiste … et, en finale, la magistrale fresque d’Eugène Delacroix : La lutte de Jacob avec l’ange …
Le musée d’Orsay consacre une exposition (modeste) ainsi qu’une expérience immersive en réalité virtuelle à Auguste Bartholdi, figure majeure de la sculpture française du XIXe siècle et auteur d’œuvres emblématiques, ainsi qu'à son chef d'œuvre « La Liberté éclairant le monde ».
Conçue comme un cadeau de la France aux États-Unis et destinée initialement à commémorer le centenaire de l’indépendance américaine en 1876, la statue est finalement inaugurée dix ans plus tard, en 1886. Entre-temps, Bartholdi et ses soutiens ont dû faire preuve d’imagination, d’audace et de ténacité pour concevoir, promouvoir et construire ce qui était alors la plus grande statue du monde (46 m de haut, 93 m avec son piédestal).
Ici, Auguste Bartholdi et l'un de ses collaborateurs devant les chutes du Niagara.
Je pense avoir raté une expérience inédite pour moi mais sans doute normale pour les jeunes générations en zappant la partie « immersive » en me concentrant sur l’exposition plus classique, mais j’avais parfaitement en mémoire l’excellent podcast de Philippe Collin"L'épopée de Lady Liberty" diffusé sur France Inter et écouté avec ferveur en février dernier. Il ne me manquait que les images.
Même s’il faut galérer un peu avant d’atteindre la salle 69 située au niveau 2 surplombant la grande halle de l’ancienne gare … les escaliers, ce n’est pas trop mon truc !
L’avantage d’une visite en début de matinée, c’est qu’il y a peu de monde et que la lecture des documents exposés en est facilitée.
Une rétrospective finalement assez rapide de l’œuvre immense de ce sculpteur familier des gigantesques projets. Certains auxquels nous avons échappé, cependant. Comme celui d’une statue monumentale – déjà – projetée pour servir de phare au canal de Suez (voir ci-dessus).
Le tropisme américain transparaît dans le monument à Lafayette, très classique.
On admire aussi le ciselé de ce monument aujourd'hui disparu, érigé en mémoire des aérostiers du siège de Paris, mais qui a été fondu en 1941 pour en récupérer les métaux.
Lady Liberty, elle, nous est présentée dans toute sa grandeur, émergeant des toits de la ville où elle est assemblée avant son transfert en pièces détachées jusqu’à New York … la différence d’échelle est impressionnante.
Je le répète, il faut écouter le document radiophonique de Philippe Collin pour mesurer à quel point l’érection de ce symbole de l’amitié franco-américaine fut loin d’être un long fleuve tranquille. Le fruit d’un rêve obstiné, qui a vu naître non seulement une œuvre d’art de valeur mondiale, mais aussi de nouvelles techniques de communication et de recueil de fonds pour mener à bien une telle entreprise.
Bartholdi, l’homme derrière l’icône, exposition et expérience en réalité virtuelle au musée d’Orsay jusqu’au 31 janvier. Gratuit pour les moins de 26 ans !
J’avais été particulièrement émue à la lecture du récit de Sonia Devillers sur l’exil de Roumanie de ses grands parents, « exportés » ou plutôt rançonnés par le régime de Ceaucescu contre du cheptel destiné à reconstituer une agriculture exsangue.
Elle continue son devoir de mémoire envers les millions de Juifs exterminés en plongeant au cœur d’un aspect jusqu’ici occulté – sauf par quelques chercheurs éminents - de l’entreprise systématique d’anéantissement des Juifs par les nazis : le pillage des meubles des déportés, et plus particulièrement de leurs instruments de musique.
Car la Shoah ne fut pas seulement une question de mise à mort.
A travers la quête infructueuse du piano de sa grand-mère, abandonné comme tout le reste lors de son départ forcé de Bucarest en 1961, Sonia Devillers nous raconte celle d’un piano de légende, fleuron de la maison d’éditions musicales parisienne Enoch Père et Fils : une dynastie fondée par Carl, arrivé à Paris au milieu du XIXème siècle, attiré par la patrie qui avait émancipé les Juifs dès la Révolution française. C’est lui qui ouvre la première boutique de partitions, mais c’est son fils Wilhelm qui passe commande du fabuleux piano à queue modèle N°2 à la manufacture Erard, portant le numéro 68037, en novembre 1890.
Les occupants ne se contentaient pas de rafler par milliers les juifs qu’ils avaient minutieusement recensés, ils vidaient ensuite méthodiquement l’intégralité du mobilier de leurs logements, avec une attention toute particulière pour tout ce qui concerne la musique : partitions, livres de musicographie, et surtout instruments, dont des milliers de pianos. Jusqu’aux derniers jours du conflit …
« L’effort logistique pour sauver ces prises de guerre, les déplacer coûte que coûte jusqu’à la fin du mois de février 1945, paraît aujourd’hui aussi irrationnel que démesuré. Comment se représenter une telle mobilisation d’hommes et de matériel pour des harpes et des violoncelles, alors que la Wehrmacht manque cruellement d’effectifs et de ravitaillement ? »
A travers l’analyse des carnets de Jacques Enoch, qui a eu l’intelligence de quitter Paris et se cache en province, le roman évoque le traumatisme du survivant, sa résilience, comment il reprend le cours des affaires familiales dans un après-guerre où la musique et le cinéma prennent de plus en plus de place.
Je spoile : Jacques attendra en vain le retour de ses parents, Daniel et Anna, pas plus que le piano exceptionnel de son grand-père, mais il reviendra vivre dans l’appartement dévasté et rigoureusement vidé jusqu’aux marbres des cheminées. Et, grâce aux recherches au sein des archives et à la sagacité des historiennes de cette sombre période de notre histoire, l’autrice témoigne du vide tragique de la tentative d’anéantissement des Juifs d’Europe par les nazis.
La dernière représentante de la dynastie Enoch a aujourd’hui mon âge, l’autrice celui de l’une de mes filles … je me sens très proche de ces femmes qui entretiennent le souvenir de leurs parents disparus.
Le fabuleux piano, roman de Sonia Devillers, publié chez Robert Laffont, dans la collection Pavillons, 280 p., 21€.
Les dimensions exceptionnelles de cette toile hors norme (7m sur 3 !) rendaient périlleux son transfert en atelier de restauration. Les responsables du musée ont eu la bonne idée de la laisser in situ et de bâtir autour des restaurateurs un espace vitré permettant au public de contempler en live les spécialistes du Centre de recherche et de restauration des musées de France réaliser le nettoyage et la consolidation de ce tableau magistral du XIXème siècle. Une opération complexe qui a duré plusieurs mois.
J’avais assisté à cette « mise en situation » du public lors d’une de mes précédentes visites.
Et à présent, l’œuvre apparaît dans toute sa fraîcheur. C’est une redécouverte pour tous les visiteurs : l’enlèvement avec mille précautions des couches superficielles de vernis et de poussière a permis l’émergence de couleurs originales et de parties peintes occultées et noircies par l’accumulation du temps.
Rien que ce tableau mérite une visite au musée … Et une émotion nouvelle garantie.
Et puis, ainsi que nous l’annonce la revue Saisons (numéro 2) le programme 2026 – 2027 des musées d’Orsay et de l’Orangerie propose des animations exceptionnelles. C’est l’anniversaire des 40 ans (une jeunesse !) de l’ouverture d’Orsay, la commémoration du centenaire de la mort de Claude Monet …
Je sais que je m'efforcerai de voir la plupart des expositions de la saison : le 29 septembre, Monet, le peintre qui courait après le temps, le 6 octobre, Mary Cassatt, une impressionniste à part, le 20 du même mois Jenny Holzer (dont j’ignore tout), le 16 mars, La famille à l’œuvre, le 23 mars, Vuillard à la ville, à la scène, le 31 mars : 1927 …
Sans compter que le musée est actuellement encore en travaux pour offrir bientôt de toutes nouvelles salles consacrées aux arts décoratifs : un récit où l'éclectisme, l'Art nouveau et les expositions universelles dialoguent avec les enjeux de leur temps.
Super programme. J’espère avoir l’énergie de le suivre à la lettre !
Pour des protéines bien fraîches et légères, en entrée ou même en plat du soir, délicieux par ces encore chaudes journées de fin septembre.
Commencer par émincer finement des gousses d'ail en lamelles très fines (1 par portion).
Concasser une main de feuilles de persil plat. Faire chauffer à la poêle l'ail émincé et le persil dans l'huile d'olive, jusqu'à une prise de couleur légère, puis y faire sauter les crevettes cuites décortiquées (100g par personne).
Ajouter des épices : paprika doux, piment d'Espelette, quatre épices...
Saler et poivrer.
Disposer les feuilles de mâche dans les assiettes, y mettre les crevettes sautées chaudes. Ajouter un jet de velours de vinaigre balsamique.
Quel extraordinaire itinéraire de vie que celui de Dominique-Vivant Denon (1747 – 1825) qu’Emmanuel de Waresquiel, son biographe, n’hésite pas à comparer à Indiana Jones …
De lui, je ne connaissais que son infatigable activité au sein du musée du Louvre – dont une aile porte le nom - qu’il a façonné à l’image de son amour et de sa connaissance des arts et de son admiration sans bornes pour Bonaparte.
J’ignorais tout de sa vie mouvementée, celle d’un administrateur infatigable, qui a su traverser une période particulièrement bousculée de notre histoire, au service successivement de Louis XV, Louis XVI, le Consulat et l’Empire, puis la Restauration avec pour viatique son talent de peintre et de graveur, son érudition et sa capacité à séduire tous ses interlocuteurs par sa gentillesse et son immense savoir plutôt que par son physique.
Une vie plus riche que celle d'un roman. Artiste, Voltairien, anticlérical et franc-maçon, Vivant Denon naît dans une famille aisée de Bourgogne, en pleine ascension sociale vers la noblesse par l’achat par son père d’une charge anoblissante.
Présenté à la Cour, doté jeune d’une belle fortune, il est libre de ses choix et opte résolument pour les arts plutôt que pour les études juridiques. Il sait se ménager très vite un vaste réseau d’influences, surtout auprès des jolies femmes, en particulier Joséphine de Beauharnais.
Il dessine sans cesse et apprend l’art de la gravure, qui le rend célèbre et le conduit à l’Académie royale de peinture et de sculpture, la diffusion des images dont il fera un formidable instrument de propagande bonapartiste le moment venu.
En attendant, il devient diplomate et voyage beaucoup en Europe. A la veille de la Révolution il est à Venise où il rencontre en 1788 la belle Isabella Teotochi (1763 – 1836) avec laquelle il entretient une correspondance jusqu’à la fin de sa vie … entre autres conquêtes féminines.
Denon rentre en France sous la Terreur pour tenter de récupérer ses propriétés, trouve en son ami David, le peintre révolutionnaire, une aide qu’il saura lui rendre plus tard, est complètement aussitôt fasciné par le jeune général Bonaparte auréolé de ses victoires en Italie.
Au point de se faire recruter parmi l’équipe des savants qui accompagnent Napoléon dans la campagne d’Egypte. Où il ne se contente pas de dessiner les trésors archéologiques mais participe avec fougue aux combats contre les Mamelouks. Il reviendra avec le général et publie son « Voyage dans la Basse et Haute Egypte pendant les campagnes du général Bonaparte » en 1802. Le livre abondamment illustré devient un bestseller bien avant la "Description de l'Egypte" publié à partir de 1809 …. Et ainsi commence l’égyptomanie.
En 1802, un décret met fin à la direction collégiale du Musée central des arts créé par la Convention en 1793 et en confie la direction générale à Vivant Denon, puis l’année suivante la direction des Monnaies et Médailles, celles des manufactures des Gobelins, de Sèvres … Denon est désormais le metteur en scène de Napoléon, se montre un génie de la propagande, quitte à utiliser des subterfuges.
Au Louvre, il met en œuvre un système d’accrochage par périodes et par écoles : une manière didactique plus efficace pour comprendre l’histoire de l’art qui va influencer tous les grands musées d’Europe. Il s’intéresse notamment aux « primitifs » allemands et à la pré-Renaissance italienne. Il s’attèle à l’inventaire des collections avec comme adjoint un certain Henri Beyle (Stendahl !) qui vient d’être nommé au Conseil d’Etat. Il jette ainsi les bases de la muséographie.
Une autre de ses missions : accompagner dans ses conquêtes Napoléon et choisir les chefs-d’œuvre à razzier dans toute l’Europe comme prises de guerre et enrichir le Louvre. Après Waterloo, bien que toujours à la tête du Louvre, il souffrira le martyre d’assister impuissant à la récupération de ces œuvres par les coalisés vainqueurs.
Une vie extraordinaire, celle d’un collectionneur mais aussi antiquaire, infatigable et minutieux gestionnaire des richesses artistiques qui font rapidement du Louvre le plus célèbre musée du monde et aussi de ses collections personnelles au milieu desquelles il se réfugie dans les dernières années de sa vie.
Une biographie qui se dévore comme un roman. Indispensable à tous ceux qui apprécient la peinture et l’histoire.
Vivant Denon, l’aventurier du Louvre, biographie d’Emmanuel de Waresquiel, publié chez Tallandier, 468 p., 27,50€.
Il y avait plus d'une année que je n'avais plus déjeuné dans ma brasserie préférée : le Sélect ... C'était précisément en juin 2025 ... J'avais presque oublié ces moments de plaisir que nous partagions rituellement, Claude et moi, certains dimanches.
Hier, nous y étions avec ma fille aînée. Presque toujours à la même table, à 'intérieur mais juste en lisière de la terrasse ...où je trouve les sièges en rotin moins confortables que la vénérable banquette. Et en début de service, une heure où il n'y a pas trop de monde et moins de bruit.
Le décor est immuable et l'équipe de serveurs toujours aussi accueillante, comme si je n'avais jamais interrompu mes visites. Ils ont fait des travaux, en particulier la salle du fond. La clientèle est toujours la même. Avec mes bientôt 80 ans, je ne dépare pas !
La carte aussi paraît immuable. Seuls les prix suivent la tendance du temps ...
J'ai été surprise de trouver sur le menu du jour des Saint-Jacques en carpaccio, puisque la saison n'est pas encore ouverte. Mais il était précisé que celles-ci provenaient d'Ecosse ... Le Royaume Uni est moins regardant sur le renouvellement du stock !
Pour ma part, j'ai préféré un dos de cabillaud avec un aiolli - que j'ai trouvé bien plus léger que celui de ma recette personnelle. Mais il est vrai que nous sommes à Paris et non dans le sud.
Bref, c'était un délicieux intermède avec en finale, le baba au rhum partagé qui était notre dessert préféré jadis pour Claude et moi.
Un déjeuner nostalgique mais toujours un plaisir de passer un doux moment avec Anne-Christine.
Le Sélect, brasserie - 99 boulevard du Montparnasse - Paris 6ème -01 42 74 55 63.
Camille Pascal, agrégé d’histoire et jadis homme de cour, a le talent de faire entrer le lecteur au cœur d’une crise politique, en adoptant à cette occasion le style du temps – ce qui est parfois agaçant ….
Cette crise-là se déroule du 7 février au 1er novembre 1661. C’est le récit de la prise de pouvoir d’un jeune souverain de 22 ans, après la régence de sa mère et l’omnipotence de son parrain, le cardinal Mazarin au moment où celui-ci met bien des jours à cesser de vivre.
Louis a pourtant bien du chagrin de la perte de cet homme rusé qui représenta pour lui la figure paternelle. Un jeune roi peu et mal éduqué, marqué à vie par la fronde des grands du royaume et la précarité de son début de règne. Car il lui doit beaucoup. Le cardinal – qui n’a jamais été ordonné prêtre mais aspire à devenir pape - disparaît alors que la France fait face à une situation financière dramatique : la disette provoquée par des récoltes calamiteuses, un pays ployant sous un déficit colossal, une corruption débridée au plus haut niveau du royaume.
Cependant, Louis a décidé de se passer de ministres et ne tarde pas à découvrir que durant ses années sous tutelle, deux personnages éminents ont siphonné de concert l’essentiel des ressources du royaume : le cardinal avide d’amasser une fortune colossale pour la distribuer à sa famille et le fringuant superintendant des finances : Nicolas Fouquet.
C’est l’ancien intendant de Mazarin, bien au fait des manipulations financières de son patron, qui va éclairer le jeune roi : le discret Jean-Baptiste Colbert. La seule solution pour éviter la banqueroute est de faire rendre gorge à ces deux prévaricateurs et à leurs affidés. Tandis que le cardinal met un temps infini à mourir, Louis XIV va devoir jouer serré pour se débarrasser du munificent Fouquet.
On découvre les ressorts de l’âme complexe de ce jeune souverain que chacun imagine uniquement occupé à ses plaisirs et aux fêtes, qui s’avère vite un homme de dossiers et apprend vite à percer les mécanismes de financiers qui ont permis de mettre le trésor royal à genoux. Un jeune homme secret, sachant endormir ses interlocuteurs avec de fallacieuses promesses avant de mettre en place un guet-apens efficace. Il est vrai qu’il bénéficie d’un conseiller particulièrement bien informé des circuits financiers pour n’avoir pas négligé d’en profiter lui-même … un portrait de Colbert pas très conforme à la légende parvenue jusqu’à nous.
Un tableau sans indulgence de ce moment de bascule vers la prise en mains directe du pouvoir central qui va caractériser désormais le royaume de France … jusqu’à nos jours. Dans une débauche de dépense publique toujours aussi mal maîtrisée … une autre constante de notre vie politique. Rien ne change … serait-ce là le génie français ?
Le bal des foudroyés, roman historique de Camille Pascal, publié chez Robert Laffont, 285 p., 22,50€.
Pour 2 à 3 portions, prévoir 250g de thon rouge frais, un oignon rouge, une grosse botte de ciboulette, un peu de persil, une gousse d'ail, le jus d'un citron jaune, trois cuillerées à soupe d'huile d'olive, un peu de basilic, quelques gouttes de sauce Tabasco facultatif), deux pincées de piment d'Espelette et du sel.
Couper au couteau en lanières fines la tranche de thon - à cette occasion, on peut supprimer toutes les parties blanches - puis les lanières en dés les plus petits possibles.
Hacher ensemble au mixer l'oignon rouge, l'ail et le persil, couper aux ciseaux la ciboulette et le basilic en conservant une belle feuille pour la décoration, le jus de citron.
Faire dégorger une belle tomate coupée en tranches très fines et salées, pour le décor également.
Mélanger intimement les ingrédients. Filmer et laisser au réfrigérateur une petite heure.
Au moment de servir, déposer au centre de chaque assiette un emporte-pièce et tasser le mélange du poisson cru et des herbes. Disposer les tranches fines de tomates tout autour.
C'est frais, relevé, diététique et délicieux, et peut se préparer d'avance ...
Un jour particulier pour se souvenir des horreurs de la guerre ...
Publié en 2020 en Espagne, ce roman magistral est disponible en français depuis cette fin d'été, dans une traduction étincelante. Et je préviens : personne n’en sort indemne. J’ose une comparaison : la série des gravures de Goya « Les désastres de la guerre », un autre chef d’œuvre.
Il raconte les combats acharnés de la guerre civile espagnole de la fin juillet 1938 : la bataille de l’Ebre. Il commence par le passage du fleuve sur la rive sud par la onzième brigade des troupes républicaines, puis décrit avec force détails les affrontements sanglants pour conquérir un village viticole durant les dix premiers jours de cette bataille qui va se prolonger jusqu’au mois de novembre et signera la défaite de la république espagnole face aux troupes du général Franco.
D’un côté les chemises bleues nationalistes, les phalangistes, carlistes, catholiques traditionalistes, avec le renfort des tabors marocains, de l’autre les fervents communistes de toutes obédiences (mais souvent antagonistes), cornaqués par les commissaires politiques staliniens tout aussi fanatiques, obsédés par l’épuration des « dissidents », les très jeunes appelés de la classe 1920 « les biberons », les membres des brigades internationales, les équipes féminines spécialisées dans l’établissement des communications, les correspondants de guerre pris entre deux feux …
Arturo Pérez-Reverte n’a rien oublié de son passé de reporter de guerre et il sait de quoi il parle. C’est toutefois son premier roman consacré à la guerre civile espagnole. Son récit, terriblement réaliste, passe d’un héros à l’autre, d’un camp à l’autre sans transition, sans aucun jugement. Dans chaque bord, il y a des héros et des salauds, des convaincus et des enrôlés malgré eux qui cherchent à fuir l’enfer mais sont contraints de se battre pour sauver leur peau … C’est un tableau terrifiant de la guerre entre des espagnols qui parlent la même langue, sont issus des mêmes villages. Une hécatombe de jeunes talents des deux côtés.
« La guerre est trop souvent faite de l’acharnement des uns et des autres pour un avantage que l’on pend, que l’on perd, que l’on regagne et que l’on reperd, et les rivaux se vident de leur sang en s’y accrochant même quand il a cessé d’avoir une valeur tactique ou stratégique. »
On s’attache à chacun et chacune des protagonistes de ce combat, on entend le bruit des balles qui dilacèrent les chairs, brisent les os, on imagine l’odeur pestilentielle des cadavres noirs de mouches, le terrible manque d’eau des combattants, la mort à chaque pas. Tous ces héros ne survivront pas, évidemment.
Car « Un soldat qui meurt a toujours l’air déçu, comme s’il n’arrivait pas à y croire. » Mais c’est là la réalité crue de la guerre, telle qu’elle se déroule aussi aujourd’hui, dans des tranchées des marches de l’Europe.
Un roman immersif d’un réalisme effrayant, traduit avec un talent remarquable, que l’on ne peut lâcher au cours de ses 650 pages.
Je crois avoir lu à peu près 80% de l’abondante production littéraire d’Arturo Pérez-Réverte (né en 1951) depuis Club Dumas en 1995. Cette Ligne de feu est pour moi son roman le plus abouti.
Ligne de feu – Linea de Fuego – roman historique d’Arturo Pérez-Reverte, traduit de l’espagnol par Gabriel Iaculli, publié chez Gallimard, 650p., 25€.