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Journal de bord d'une grand-mère grande lectrice et avide de continuer à apprendre, de ses trois filles et de ses 6 petits-enfants.
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24 septembre 2026

La mort qui tue tout bas, thriller de Jacques Saussey

 

Dix-neuvième roman de Jacques Saussey et troisième histoire mettant en scène le personnage de Paul Kessler, ancien patron de la Crim’ de Lyon, retraité de 64 ans encore très agile et pianiste à ses heures. Nous l'avons déjà apprécié dans « L’aigle noir » et « Le seul coupable » … et, physiquement, il présente bien des traits communs avec son créateur.

A quelques jours d’intervalle, on relève deux homicides présentant des similitudes très inhabituelles : à Lyon, un oligarque russe en pleine forme retrouvé mort dans sa salle de bains de palace, un vieil enseignant retiré sans un chalet isolé en Savoie. Tous deux empoisonnés au curare et qui ont subi une longue agonie.  Autre point commun : un séjour récent ou prolongé en Guyane où la mort par injection de curare se nomme ulali « la mort qui tue tout bas ».

Subissant de fortes pressions diplomatiques et en manque d’effectifs, la Crim’ de Lyon charge Paul Kessler d’aller enquêter sur place. Les investigations sur l’ex-professeur savoyard sont confiées à la gendarmerie, et plus précisément à la jeune lieutenant Alice Pernelle.

Kessler, doublement missionné par la compagnie minière qui emploie le russe et par sa veuve va effectuer ses recherches sous l’identité d’un détective privé, la gendarme est envoyée à la brigade de Cayenne et va devoir remonter le fleuve Maroni pour se rendre au collège où exerçait le professeur … Elle y croisera Paul mais ils mèneront leurs enquêtes en parallèle.

L’aventure sera particulièrement mouvementée dans ce pays où se livre une guerre sans merci entre soldats français et orpailleurs clandestins qui rongent le territoire et en polluent les eaux.

Car les dangers de cette région surgissent à chaque instant : des bestioles effrayantes – moustiques omniprésents, scolopendres, mygales, caïmans, pumas, singes voleurs … sans compter les luttes de gangs qui détroussent les touristes qui remontent les courants parsemés de rapides … Une région-frontière (avec le Suriname) où prolifèrent les trafics en tous genres et surtout celui de l’or dont les techniques de transfert et d'acheminement sont ignobles.

 

 

Il ne m’appartient pas de résumer ici ce thriller plein de rebondissements. J’ai cependant deux souvenirs qui me reviennent à l’esprit : une photo de mon mari, effectuant une inspection le long du Maroni à la proue d’une pirogue rapide, et copieusement éclaboussé des flots couleur café au lait, et l’album de Tintin « L’oreille cassée » où figure un « vieillard blanc », l’explorateur Ridgewell devenu membre de la tribu des Arumbayas, lui-même inspiré de Percy Fawcett qui, ayant abandonné la civilisation occidentale, disparut dans la forêt amazonienne vers 1925.

Dans l’enfer vert d’une forêt bien loin du romantisme des tableaux du Douanier Rousseau, les deux enquêteurs, chacun de son côté, vont montrer bien du courage. J’espère les revoir dans un prochain épisode.

N.B. : on apprécierait une carte des différentes localités qui bordent le fleuve, et qui portent des noms bien difficiles à mémoriser …

La mort qui tue tout bas, polar de Jacques Saussey édité chez Fleuvenoir, 443 p., 21,95€.

23 septembre 2026

Souvenir d'une visite passionnante à Saint-Denis en 2015

 

En des temps où ma mobilité s’est considérablement réduite … c'est l'âge !!! j’apprécie les rappels d’anciennes images que m’envoie régulièrement, sur des tas de sujets présentant des similitudes, l'algorithme de Google, en formant le plus souvent des collages.

Comme ce fut le cas hier, avec le souvenir de ma dernière visite à Saint-Denis en 2015, avec Claude ....

Au bout de la ligne 13 surgit la première cathédrale construite en France selon le style gothique, reconstruite plusieurs fois sur l’emplacement d’une chapelle abritant à l’origine la sépulture de Denis, le premier évêque de Paris. C’est au XIIIème siècle que l’abbé de la puissante abbaye, Suger, reconstruit le lieu de pèlerinage où Dagobert est enterré et où Pépin le Bref s’est fait sacrer en 754 .

Au XIIIème siècle, Saint-Louis souhaite concrétiser le continuum entre les trois dynasties afin d'affirmer sa légitimité malgré son jeune âge : les Carolingiens, les Mérovingiens et les Capétiens. Il commande 16 gisants de ses prédécesseurs dont il reste 14. La basilique tisse ainsi un lien indissociable avec la royauté qui désormais, à quelques exceptions près, inhume en ce lieu tous ses représentants et réunit au fil des temps 42 rois, 32 reines, 63 princes et princesses, 10 grands du royaume.

Aujourd’hui, c’est un ensemble de 70 gisants qui accueille le visiteur, dans un très grand calme car le monument - de façon peu explicable - ne semble pas attirer les hordes de touristes.

Ces tombeaux ne restèrent cependant pas en paix durant la période révolutionnaire : en 1793, les sépulcres furent défoncés et les ossements royaux jetés en vrac dans une fosse commune. On doit à Louis XVIII la réinstallation des gisants sous la voûte de la cathédrale. C’est donc à une promenade devant les images des anciens souverains qui nous est offerte, l’occasion de souligner l’évolution de style de la statuaire à partir des images hiératiques du Moyen-Âge.

Alors qu’à l’époque médiévale, on représentait les rois et reines tels qu’ils vont ressusciter au jour du jugement dernier, c’est-à-dire dans la fleur de leur jeunesse et les yeux ouverts, la Renaissance les présente sous la forme de « transis », c’est à dire en phase de décomposition …

 

Le grand projet contemporain – le chantier de reconstruction de la flèche nord - a commencé en mars 2025.

La flèche, qui culminait à 90 mètres de haut, avait été frappée par la foudre en 1837, ce qui avait fragilisé sa structure. Après des réparations menées par l'architecte François Debret, d'autres tempêtes entre 1842 et 1845 ont définitivement mis en danger la flèche, menant à sa démolition en 1846. Le démontage fut achevé en 1847 sous la direction de l’architecte Viollet-le-Duc.

Le chantier de reconstruction de la tour et de la flèche nord de la basilique est porté par l'association "Suivez la flèche" est programmé pour 2030. Plus de 130 artisans (compagnons, tailleurs de pierre et forgerons) y utilisent des techniques traditionnelles et des pierres extraites d'une carrière de Saint-Maximin dans l'Oise pour remonter les 15 228 pierres nécessaires.

Je doute être encore là pour en voir l’achèvement … mais d’ici là, je recommande vivement une visite en « réel » de ce monument extraordinaire … au bout d'une ligne de métro !

 

 

22 septembre 2026

Maquereaux rôtis

 

Une recette classique déjà vieille de plus de dix ans ...

Un trésor ce poisson : parfaitement diététique car c'est un poisson gras riche en Oméga 3, cuit sans autre matière grasse qu'un peu d'huile d'olive, délicieux chaud ou froid, et en plus très peu onéreux !

On compte un maquereau par portion.

Préchauffer le four à 190° (Th : 6-7).

Eponger avec du papier absorbant les poissons préalablement vidés par le poissonnier. Saler, poivrer l'intérieur, saupoudrer d'un peu l'aneth.

Dépouiller un citron jaune (pour 2), le couper en tranches en enlevant les pépins, puis en petits dés. Fourrer les dés à l'intérieur des poissons.

Emincer une gousse d'ail dégermée par poisson et la couper en pétales les plus fins possibles, les ajouter dedans et dessus .

 

 

Couler un léger filet d'huile d'olive au fond du plat et y déposer les poissons bien serrés. Ajouter une tomate coupée en 2 par portion et épépinée, agrémentée de ciboulette coupée très finement. Parsemer de pétales d'ail.

Terminer avec un petit verre de vin blanc sec dans le fond du plat et un peu d'huile d'olive sur le dessus.

Passer au four pour 30 minutes.

21 septembre 2026

La bascule, Allemagne 1933, essai de Johann Chapoutot

 

Au moment où, dans les ex-Länder de l'Allemagne de l'Est, on voit progresser dangereusement le parti d'extrême-droite (l'AfD), il est utile de se remémorer la façon dont les nazis ont jadis conquis, de façon constitutionnelle,le pouvoir. J’ai cependant rarement été aussi hésitante avant de publier une appréciation sur le travail d’un historien.

Une lecture commencée dans l’enthousiasme à la découverte effarante des circonstances de la prise de pouvoir totale d’Hitler entre le 30 janvier et le 14 juillet 1933, puis en fin de volume, une certaine difficulté à « encaisser » l’extraordinaire brulot de son épilogue. Encore que ....

Car l’historien que je respecte se mue en lanceur d’alerte d’une virulence politique inattendue de la part d’un chercheur.

Non pas que je n’adhère pas à sa thèse, loin de là, mais je suis partagée entre l’admiration devant le courage du lanceur d’alerte et le regret de trouver un tel chapitre en clôture du travail remarquable d’un spécialiste reconnu du nazisme … et visiblement aussi de sa résurgence en Europe et aux Etats-Unis.

Faisant suite à son essai « Les irresponsables – Qui a porté Hitler au pouvoir ? » publié en 2025, Johann Chapoutot retrace l’extraordinaire rapidité de la prise de pouvoir absolu d’Hitler dans ces quelques semaines de 1933 où toutes les institutions de la république de Weimar se sont liquéfiées, ou comment un grand pays européen, au cœur du XXème siècle, un peuple cultivé, pétri de grandes valeurs morales, a plongé dans le fascisme.

 

 

Après une suite de scrutins consécutifs à des dissolutions compulsives face à l’incapacité à former une coalition de gouvernement, élection après élection parmi un corps électoral éparpillé, (le NSDAP enregistrant cependant une légère régression), le vieux maréchal-président Hindenburg se résout à former un cabinet d'union des droites et nomme Hitler Chancelier, flanqué de deux poids lourds sensés le contrôler : le magnat de la presse et milliardaire Hugenberg, et l’ancien chancelier catholique von Papen.

Au lendemain du 30 janvier, ce nouveau gouvernement ne suscite pourtant aucune inquiétude : von Papen répétait souvent. “Avec trois nazis tout au plus au gouvernement, rien ne peut mal se passer”.

Ce qui est affolant, c’est la vitesse du basculement.

Aux élites patrimoniales, Hitler a promis « la revanche de ce qu’il s’est passé en 1918 (révolution politique et création de la démocratie sociale), professe un antimarxisme radical bien doux à leurs oreilles, annonce des commandes massives pour le réarmement et s’engage à détruire la gauche et les syndicats, à assurer une stabilité politique et une sécurité juridique propices aux affaires ainsi que, supplément d’âme, à refaire de la famille et des valeurs chrétiennes le fondement d’une nation virilement retrempée dans un bain nationaliste et traditionaliste. » Bien entendu, le patronat le finance …

Après le basculement de l’Argent, restent le Sabre et le Goupillon.

Aux militaires, Hitler assure que les nazis ne porteront pas d’armes, parle de conquête d’un Lebensraum à l’Est, de germanisation à outrance et d’extermination du Marxisme, une guerre radicale, biologique, impérialiste et colonisatrice.

Les protestants son davantage réticents mais résignés à la soumission inconditionnelle au pouvoir en place. En 1931, la conférence des évêques catholiques a publié une condamnation théologique du nazisme sans être suivie par la Conférence de Fulda. Mais leur grande affaire est la négociation d’un Concordat à l’échelle de l’Allemagne toute entière.

 

 

Dès le premier Conseil des ministres c’est la valse des nominations et la prise de contrôle de toutes les administrations, et très vite, le travail en commun des membres du Gouvernement s’affaiblit devant l’habileté d’Hitler qui impose avec talent ses marottes.

Le pouvoir centralisateur et autocratique est en fait facilité par les dispositions antérieures qui, depuis 1930, permettent à l’exécutif de gouverner sans le Parlement en l’absence de majorité. De multiples ordonnances signées par le vieux Président suspendent les libertés fondamentales, surtout après l’incendie du Reichstag. La GESTAPO est fondée le 26 avril 1933.

 

 

L’auteur (né en 1978) s’interroge sur le ralliement au fascisme et au nazisme de tant d’esprits majeurs : un antisémitisme latent réactualisé, l’anticommunisme radical, le radicalisme eugéniste, un ordre international qui humilie l’Allemagne …

Il souligne les clivages au sein des Juifs allemands et leur opposition aux émigrés récents méprisés, l’attitude des syndicats, reproche aux socialistes d’avoir toujours refusé l’union avec les communistes, mais aussi les formes de résistance passive

Entre « trumpisation » de la presse américaine (et la nôtre), une charge sévère contre l’« extrème-centre » dans notre pays, je reste partagée entre l’érudition historique et la qualité évidente du style de l’écrivain et sa mise en garde politique qui ne devrait pas, selon moi, se trouver dans un ouvrage historique.

Malgré ces réserves, je recommande vivement la lecture de son ouvrage.

 

La bascule, Allemagne, 1933, essai de Johann Chapoutot, publié chez Gallimard – 402 p., 23,80€.

20 septembre 2026

Journées européennes du patrimoine : l'église Saint Sulpice

 

Il y avait plus de quatre ans que je n’avais pas remis les pieds dans cette église - la plus grande de Paris après Notre-Dame – où furent célébrées en août 2022 les funérailles de l’amour de ma vie, Claude …

En cette belle journée encore estivale – beaucoup de touristes en bermuda et parlant de multiples langues étrangères – l’église reste un havre de paix …

 

 

J’ai refait mon circuit habituel … et je me souvenais de cette cérémonie ...

 

 

La nef, si haute, la chaire à la balustrade chantournée, le transept nord à gauche avec le gnomon et la méridienne de cuivre enkystée dans le pavage de marbre blanc, la petite fenêtre pour le rayon disposée dans la verrière du transept sud, la chapelle de la vierge derrière le chœur, la chapelle Saint Jean-Baptiste … et, en finale, la magistrale fresque d’Eugène Delacroix : La lutte de Jacob avec l’ange …

 

 

 

Beaucoup d’émotion à cette déambulation ...

 

 

19 septembre 2026

Bartholdi au musée d'Orsay

 

Le musée d’Orsay consacre une exposition (modeste) ainsi qu’une expérience immersive en réalité virtuelle à Auguste Bartholdi, figure majeure de la sculpture française du XIXe siècle et auteur d’œuvres emblématiques, ainsi qu'à son chef d'œuvre « La Liberté éclairant le monde ».

 

 

Conçue comme un cadeau de la France aux États-Unis et destinée initialement à commémorer le centenaire de l’indépendance américaine en 1876, la statue est finalement inaugurée dix ans plus tard, en 1886. Entre-temps, Bartholdi et ses soutiens ont dû faire preuve d’imagination, d’audace et de ténacité pour concevoir, promouvoir et construire ce qui était alors la plus grande statue du monde (46 m de haut, 93 m avec son piédestal).

 

Ici, Auguste Bartholdi et l'un de ses collaborateurs devant les chutes du Niagara.

Je pense avoir raté une expérience inédite pour moi mais sans doute normale pour les jeunes générations en zappant la partie « immersive » en me concentrant sur l’exposition plus classique, mais j’avais parfaitement en mémoire l’excellent podcast de Philippe Collin "L'épopée de Lady Liberty" diffusé sur France Inter et écouté avec ferveur en février dernier. Il ne me manquait que les images.

 

 

Même s’il faut galérer un peu avant d’atteindre la salle 69 située au niveau 2 surplombant la grande halle de l’ancienne gare … les escaliers, ce n’est pas trop mon truc !

L’avantage d’une visite en début de matinée, c’est qu’il y a peu de monde et que la lecture des documents exposés en est facilitée.

 

 

Une rétrospective finalement assez rapide de l’œuvre immense de ce sculpteur familier des gigantesques projets. Certains auxquels nous avons échappé, cependant. Comme celui d’une statue monumentale – déjà – projetée pour servir de phare au canal de Suez (voir ci-dessus).

 

 

Le tropisme américain transparaît dans le monument à Lafayette, très classique.

 

 

On admire aussi le ciselé de ce monument aujourd'hui disparu, érigé en mémoire des aérostiers du siège de Paris, mais qui a été fondu en 1941 pour en récupérer les métaux.

 

 

 

Lady Liberty, elle, nous est présentée dans toute sa grandeur, émergeant des toits de la ville où elle est assemblée avant son transfert en pièces détachées jusqu’à New York … la différence d’échelle est impressionnante.

Je le répète, il faut écouter le document radiophonique de Philippe Collin pour mesurer à quel point l’érection de ce symbole de l’amitié franco-américaine fut loin d’être un long fleuve tranquille. Le fruit d’un rêve obstiné, qui a vu naître non seulement une œuvre d’art de valeur mondiale, mais aussi de nouvelles techniques de communication et de recueil de fonds pour mener à bien une telle entreprise.

 

Bartholdi, l’homme derrière l’icône, exposition et expérience en réalité virtuelle au musée d’Orsay jusqu’au 31 janvier. Gratuit pour les moins de 26 ans !

18 septembre 2026

Le fabuleux piano, roman de Sonia Devillers

 

J’avais été particulièrement émue à la lecture du récit de Sonia Devillers sur l’exil de Roumanie de ses grands parents, « exportés » ou plutôt rançonnés par le régime de Ceaucescu contre du cheptel destiné à reconstituer une agriculture exsangue.

Elle continue son devoir de mémoire envers les millions de Juifs exterminés en plongeant au cœur d’un aspect jusqu’ici occulté – sauf par quelques chercheurs éminents - de l’entreprise systématique d’anéantissement des Juifs par les nazis : le pillage des meubles des déportés, et plus particulièrement de leurs instruments de musique.

 

 

Car la Shoah ne fut pas seulement une question de mise à mort.

A travers la quête infructueuse du piano de sa grand-mère, abandonné comme tout le reste lors de son départ forcé de Bucarest en 1961, Sonia Devillers nous raconte celle d’un piano de légende, fleuron de la maison d’éditions musicales parisienne Enoch Père et Fils : une dynastie fondée par Carl, arrivé à Paris au milieu du XIXème siècle, attiré par la patrie qui avait émancipé les Juifs dès la Révolution française. C’est lui qui ouvre la première boutique de partitions, mais c’est son fils Wilhelm qui passe commande du fabuleux piano à queue modèle N°2 à la manufacture Erard, portant le numéro 68037, en novembre 1890.

 

 

Les occupants ne se contentaient pas de rafler par milliers les juifs qu’ils avaient minutieusement recensés, ils vidaient ensuite méthodiquement l’intégralité du mobilier de leurs logements, avec une attention toute particulière pour tout ce qui concerne la musique : partitions, livres de musicographie, et surtout instruments, dont des milliers de pianos. Jusqu’aux derniers jours du conflit …

« L’effort logistique pour sauver ces prises de guerre, les déplacer coûte que coûte jusqu’à la fin du mois de février 1945, paraît aujourd’hui aussi irrationnel que démesuré. Comment se représenter une telle mobilisation d’hommes et de matériel pour des harpes et des violoncelles, alors que la Wehrmacht manque cruellement d’effectifs et de ravitaillement ? »

 

 

A travers l’analyse des carnets de Jacques Enoch, qui a eu l’intelligence de quitter Paris et se cache en province, le roman évoque le traumatisme du survivant, sa résilience, comment il reprend le cours des affaires familiales dans un après-guerre où la musique et le cinéma prennent de plus en plus de place.

Je spoile : Jacques attendra en vain le retour de ses parents, Daniel et Anna, pas plus que le piano exceptionnel de son grand-père, mais il reviendra vivre dans l’appartement dévasté et rigoureusement vidé jusqu’aux marbres des cheminées. Et, grâce aux recherches au sein des archives et à la sagacité des historiennes de cette sombre période de notre histoire, l’autrice témoigne du vide tragique de la tentative d’anéantissement des Juifs d’Europe par les nazis.

La dernière représentante de la dynastie Enoch a aujourd’hui mon âge, l’autrice celui de l’une de mes filles … je me sens très proche de ces femmes qui entretiennent le souvenir de leurs parents disparus.

 

Le fabuleux piano, roman de Sonia Devillers, publié chez Robert Laffont, dans la collection Pavillons, 280 p., 21€.

17 septembre 2026

Gustave Courbet : enterrement et résurrection

 

Les dimensions exceptionnelles de cette toile hors norme (7m sur 3 !) rendaient périlleux son transfert en atelier de restauration. Les responsables du musée ont eu la bonne idée de la laisser in situ et de bâtir autour des restaurateurs un espace vitré permettant au public de contempler en live les spécialistes du Centre de recherche et de restauration des musées de France réaliser le nettoyage et la consolidation de ce tableau magistral du XIXème siècle. Une opération complexe qui a duré plusieurs mois.

 

 

J’avais assisté à cette « mise en situation » du public lors d’une de mes précédentes visites.

Et à présent, l’œuvre apparaît dans toute sa fraîcheur. C’est une redécouverte pour tous les visiteurs : l’enlèvement avec mille précautions des couches superficielles de vernis et de poussière a permis l’émergence de couleurs originales et de parties peintes occultées et noircies par l’accumulation du temps.

 

 

Rien que ce tableau mérite une visite au musée … Et une émotion nouvelle garantie.

Et puis, ainsi que nous l’annonce la revue Saisons (numéro 2) le programme 2026 – 2027 des musées d’Orsay et de l’Orangerie propose des animations exceptionnelles. C’est l’anniversaire des 40 ans (une jeunesse !) de l’ouverture d’Orsay, la commémoration du centenaire de la mort de Claude Monet …

 

 

Je sais que je m'efforcerai de voir la plupart des expositions de la saison : le 29 septembre, Monet, le peintre qui courait après le temps, le 6 octobre, Mary Cassatt, une impressionniste à part, le 20 du même mois Jenny Holzer (dont j’ignore tout), le 16 mars, La famille à l’œuvre, le 23 mars, Vuillard à la ville, à la scène, le 31 mars : 1927 …

Sans compter que le musée est actuellement encore en travaux pour offrir bientôt de toutes nouvelles salles consacrées aux arts décoratifs : un récit où l'éclectisme, l'Art nouveau et les expositions universelles dialoguent avec les enjeux de leur temps.

Super programme. J’espère avoir l’énergie de le suivre à la lettre !

16 septembre 2026

Salade de mâche et crevettes tièdes

 

Pour des protéines bien fraîches et légères, en entrée ou même en plat du soir, délicieux par ces encore chaudes journées de fin septembre.

Commencer par émincer finement des gousses d'ail en lamelles très fines (1 par portion).

Concasser une main de feuilles de persil plat. Faire chauffer à la poêle l'ail émincé et le persil dans l'huile d'olive, jusqu'à une prise de couleur légère, puis y faire sauter les crevettes cuites décortiquées (100g par personne).

Ajouter des épices : paprika doux, piment d'Espelette, quatre épices...

Saler et poivrer.

Disposer les feuilles de mâche dans les assiettes, y mettre les crevettes sautées chaudes. Ajouter un jet de velours de vinaigre balsamique.

 

15 septembre 2026

Vivant Denon, l'aventurier du Louvre, biographie d'Emmanuel de Waresquiel

 

Quel extraordinaire itinéraire de vie que celui de Dominique-Vivant Denon (1747 – 1825) qu’Emmanuel de Waresquiel, son biographe, n’hésite pas à comparer à Indiana Jones …

De lui, je ne connaissais que son infatigable activité au sein du musée du Louvre – dont une aile porte le nom - qu’il a façonné à l’image de son amour et de sa connaissance des arts et de son admiration sans bornes pour Bonaparte.

J’ignorais tout de sa vie mouvementée, celle d’un administrateur infatigable, qui a su traverser une période particulièrement bousculée de notre histoire, au service successivement de Louis XV, Louis XVI, le Consulat et l’Empire, puis la Restauration avec pour viatique son talent de peintre et de graveur, son érudition et sa capacité à séduire tous ses interlocuteurs par sa gentillesse et son immense savoir plutôt que par son physique.

 

 

Une vie plus riche que celle d'un roman. Artiste, Voltairien, anticlérical et franc-maçon, Vivant Denon naît dans une famille aisée de Bourgogne, en pleine ascension sociale vers la noblesse par l’achat par son père d’une charge anoblissante.

Présenté à la Cour, doté jeune d’une belle fortune, il est libre de ses choix et opte résolument pour les arts plutôt que pour les études juridiques. Il sait se ménager très vite un vaste réseau d’influences, surtout auprès des jolies femmes, en particulier Joséphine de Beauharnais.

Il dessine sans cesse et apprend l’art de la gravure, qui le rend célèbre et le conduit à l’Académie royale de peinture et de sculpture, la diffusion des images dont il fera un formidable instrument de propagande bonapartiste le moment venu.
En attendant, il devient diplomate et voyage beaucoup en Europe. A la veille de la Révolution il est à Venise où il rencontre en 1788 la belle Isabella Teotochi (1763 – 1836) avec laquelle il entretient une correspondance jusqu’à la fin de sa vie … entre autres conquêtes féminines.

 

 

Denon rentre en France sous la Terreur pour tenter de récupérer ses propriétés, trouve en son ami David, le peintre révolutionnaire, une aide qu’il saura lui rendre plus tard, est complètement aussitôt fasciné par le jeune général Bonaparte auréolé de ses victoires en Italie.

Au point de se faire recruter parmi l’équipe des savants qui accompagnent Napoléon dans la campagne d’Egypte. Où il ne se contente pas de dessiner les trésors archéologiques mais participe avec fougue aux combats contre les Mamelouks. Il reviendra avec le général et publie son « Voyage dans la Basse et Haute Egypte pendant les campagnes du général Bonaparte » en 1802. Le livre abondamment illustré devient un bestseller bien avant la "Description de l'Egypte" publié à partir de 1809 …. Et ainsi commence l’égyptomanie.

En 1802, un décret met fin à la direction collégiale du Musée central des arts créé par la Convention en 1793 et en confie la direction générale à Vivant Denon, puis l’année suivante la direction des Monnaies et Médailles, celles des manufactures des Gobelins, de Sèvres … Denon est désormais le metteur en scène de Napoléon, se montre un génie de la propagande, quitte à utiliser des subterfuges.

Au Louvre, il met en œuvre un système d’accrochage par périodes et par écoles : une manière didactique plus efficace pour comprendre l’histoire de l’art qui va influencer tous les grands musées d’Europe. Il s’intéresse notamment aux « primitifs » allemands et à la pré-Renaissance italienne. Il s’attèle à l’inventaire des collections avec comme adjoint un certain Henri Beyle (Stendahl !) qui vient d’être nommé au Conseil d’Etat. Il jette ainsi les bases de la muséographie.

Une autre de ses missions : accompagner dans ses conquêtes Napoléon et choisir les chefs-d’œuvre à razzier dans toute l’Europe comme prises de guerre et enrichir le Louvre. Après Waterloo, bien que toujours à la tête du Louvre, il souffrira le martyre d’assister impuissant à la récupération de ces œuvres par les coalisés vainqueurs.

 

 

Une vie extraordinaire, celle d’un collectionneur mais aussi antiquaire, infatigable et minutieux gestionnaire des richesses artistiques qui font rapidement du Louvre le plus célèbre musée du monde et aussi de ses collections personnelles au milieu desquelles il se réfugie dans les dernières années de sa vie.

 

 

Une biographie qui se dévore comme un roman. Indispensable à tous ceux qui apprécient la peinture et l’histoire.

 

Vivant Denon, l’aventurier du Louvre, biographie d’Emmanuel de Waresquiel, publié chez Tallandier, 468 p., 27,50€.

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