Journal de bord d'une grand-mère grande lectrice et avide de continuer à apprendre, de ses trois filles et de ses 6 petits-enfants.
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Il y avait une ultra-longue file d'attente pour la visite, au lendemain de l'inauguration de cette exposition. Beaucoup de touristes – de jeunes chinois nombreux – patients en cette belle matinée ensoleillée et douce.
Il est vrai que ce musée renferme ce que le peintre André Masson qualifiait en 1952 de « Sixtine de l’impressionnisme » avec l’exposition permanente des Nymphéas, installés en mai 1927 dans ce que l’on avait alors nommé le Musée Monet, par la grâce de son grand ami Georges Clemenceau.
Pour célébrer le centième anniversaire de la disparition du maître le 5 décembre 1926, l’exposition propose une réflexion sur le rapport du peintre à la marche du temps, révélant « une méthode proche de la dissection du temps » mettant en valeur plus particulièrement l’œuvre de ses dernières années.
Ceux et celles qui connaissent cette œuvre prolifique pourraient, comme moi par exemple, rester cependant un peu sur leur faim. Les séries : la cathédrale de Rouen, les meules, les peupliers, les effets de brouillard sur la Tamise … ce sont des classiques reconnaissables au premier regard. L’intérêt est de percevoir la variation de la lumière tout au long du jour. Une vision d’ensemble de ces œuvres réunies de façon exceptionnelle.
Des motifs insignifiants, l’absence de présence humaine, mais parfois aussi l’irruption de la modernité. A l’époque de la découverte de la photographie, Monet cherche à capter l’instant à travers la sensation colorée, l’éclat du soleil, la densité de la brume.
Le cycle des Nymphéas, commencé en 1890, perdure jusqu’à la mort du peintre. Il ne faut pas manquer, juste avant la sortie de l’exposition, le film réalisé par Sacha Gitry en 1915 qui montre Monet à son chevalet devant son étang de Giverny. La visite de sa maison et de son jardin reste pour moi une expérience inoubliable ...
Clemenceau parlait « d’un spectacle naturel, qui progresse entre ombre et lumière, du matin jusqu’au soir. »
Je recommande de réserver pour éviter l’affluence !
Monet, peindre le temps, exposition au Musée de l’Orangerie, jardin des Tuileries, jusqu’au 25 janvier, ouvert tous les jours sauf le mardi de 9 h à 18 h. 11€. musee-orangerie.fr
Ce n'est pas le premier ouvrage consacré par maints historiens au sujet, et j'en ai déjà lu un certain nombre ... mais il m'apparaît que celui-ci est différent.
A cette occasion on ne peut qu'admirer l’extraordinaire production de Jean-Christian Petitfils, surtout lorsque l’on sait qu’à l’issue de ses brillantes études – diplômé en droit public, histoire et sciences politiques, il a accompli toute sa carrière comme cadre supérieur dans le secteur bancaire avant de se consacrer pleinement à l'écriture.
J’ai lu et apprécié (entre autres) sa série de biographies des rois Bourbons, et je craignais que ce nouvel ouvrage sur la Révolution ne fasse doublon avec sa biographie de Louis XVI … Il n’en est rien, bien au contraire !
Avec ce pavé qui se lit comme un roman, l’auteur élargit la focale. C’est tout autant un essai historique que politique et économique qui souligne bien des constantes qui animent le peuple français de manière saisissante.
Il définit le contexte de l’année 1786, tant du point de vue de la situation économique (la sensibilité d’un pays agricole aux effets du dérèglement climatique, déjà !), que de la débâcle des finances publiques (notamment à la suite du laxisme de Necker et le soutien apporté à la guerre d’Amérique financé par l’emprunt et non par l’impôt). Calonne, lui, a été le premier à proposer un plan de redressement des finances publiques par un impôt payable par tous, qui sera naturellement combattu par le Parlement.
Jour par jour, heure par heure, l’ouvrage permet de suivre les événements, les acteurs précisément nommés et leur position idéologique – et parfois leurs trahisons - donne les résultats de la recherche historiographique la plus récente, décrit comment et combien, en ces mois précédant et succédant aux émeutes, le pays se décompose, se morcèle, comment la modernité se coule dans le cadre vétuste de la vieille société d’ordres, secouant partout le joug des oligarchies.
La mécanique de basculement vers le totalitarisme est minutieusement démontée. Elle met en lumière les clans, les règlements de compte, l’hystérie collective de la « table rase » et de la suppression physique de tout élément suspect de ne pas adhérer aux principes nouveaux. La peur engendre la violence.
On y découvre aussi que bien plus que le 14 juillet, c’est la journée du 10 août 1792 qui est importante : elle a causé dix fois plus de victimes que la prise de la Bastille. Elle consacre la chute de la monarchie constitutionnelle pourtant finalement acceptée par Louis XVI et une grande partie des modérés et la naissance d’un pouvoir nouveau, la Commune insurrectionnelle, qui va bientôt les absorber tous : l’exécutif, le législatif et le judiciaire : « un système autoritaire doté d’un faux-nez démocratique issu de la manipulation des foules par une minorité subversive. »
Naturellement, Jean-Christian Petitfils n’est pas tendre avec les historiens de tendance marxisante (comme Albert Mathiez - 1874 - 1932) qui comparent bolchevisme et jacobinisme et prétendent que la Terreur fut causée par l’angoisse de la défaite aux frontières puisqu’à ce moment-là, les armées de la République enregistrent des succès … Il souligne la lutte à mort contre les Girondins, les factions irréconciliables (royalistes comme montagnards et enragés, liquidation des opposants et des féministes) … l’apogée puis la chute de Robespierre qui apporte un soulagement général.
C'est l'émergence de tout un monde politique - les sections, les clubs, les assemblées et les multiples conseils et comités - qui se chevauchent et où les extrémistes de tous bords tiennent le haut du pavé, infiltrent le camp adverse, fomentent complots sur complots de façon paranoïaque …
Entre autres découvertes, celle du scandale de la liquidation de la Compagnie des Indes en 1793, l'"affaire" qui servit de prétexte à l'élimination de Danton et de plusieurs députés corrompus de la Convention.
Jean-Christian Petitfils clôt son ouvrage sur le coup d’Etat du 18 Brumaire par lequel Bonaparte consolide les acquis de la Révolution et l’oeuvre du Consulat et qui, selon Mona Ozouf et François Furet « ferme véritablement le cours des événements révolutionnaires. »
Il ne faut pas reculer devant le nombre de pages. Ce livre se dévore comme une série, à travers de nombreux (37) courts chapitres et nous éclaire sur bien des éléments pour comprendre la vie politique d'aujourd'hui ... "Il faut que tout change pour que rien ne change" disait Tancrède, dans "le Guepard" de Guiseppe Tomasi di Lampedusa."
La révolution française, par Jean-Christian Petitfils, 958 p., 29,90€.
Devant les images de violence qui saturent notre espace informationnel, je ne peux m'empêcher de citer cette maxime figurant dans la conclusion du passionnant ouvrage La Révolution française de Jean-Christian Petitfils.
Elle date de 1791 et émane de Jacques Mallet du Pan, journaliste suisse d'expression française (Céligny, Genève, 1749-Richmond, Angleterre, 1800) :
"Les Huns et les Hérules, les Vandales et les Goths ne viendront pas du Nord ni de la mer Noire. Ils sont au milieu de nous."
Je dis ça, mais je ne dis rien. Comprenne qui voudra.
834 pages de texte plus 124 pages de notes ... quand même Et maintenant, il me reste à tenter d'écrire une recension fidèle de ce livre passionnant - et je vous le garantis, sans intervention d'aucune IA !
834 pages de texte plus 124 pages de notes ... quand même !
C’est un souvenir de notre premier séjour en famille aux Etats-Unis en 1983.
Plus précisément un objet étrange acheté à la boutique de souvenirs de la Smithsonian Institution de Washington.
Nous avions opté pour le système d’échange de notre appartement et de notre véhicule.
Evidemment, l’opportunité pour un couple américain de résider dans un logement au cœur du quartier « intellectuel » de Montparnasse nous avait valu plusieurs candidatures. Nous avons longuement échangé avec la famille Fitchett qui proposait pour sa part une maison très classique dans la proche banlieue chic de Washington et une lourde berline à embrayage automatique …
Et nous voilà partis avec nos trois filles et notre nounou, en calculant au plus juste nos allocations de devises : c’était juste après l’élection de François Mitterrand au pouvoir et très vite, un contrôle des changes avait été instauré, incluant l’interdiction de l’utilisation des cartes bancaires.
La découverte de la côte est fut particulièrement intéressante pour nos tous, y compris pour Victoire, alors âgée de 5 ans, qui a plongé dans la piscine et a réussi toute seule à nager.
Nous sommes allés à New York, visité le MoMa, Williamsburg, la demeure de Mount Vernon, plantation du premier président des Etats-Unis, la montée au plus haut du Rockefeller Center et sur le belvédère du World Trade Center ...
Un séjour inoubliable … assorti d’une foule de découvertes, comme la plateforme HBO, entre autres !
On était un peu dingues … mais j’imagine que mes filles en ont aussi gardé des réminiscences …
A l'époque, nous admirions beaucoup les Etats-Unis !
Le 30 septembre 1938 se clôt à Munich une conférence de la dernière chance. Hitler réclame à ses interlocuteurs Chamberlain, Daladier et Mussolini le droit d'intervenir en Tchécoslovaquie à l'appel de la minorité de langue allemande qui peuple les monts Sudètes. En cédant une nouvelle fois à la menace, les Occidentaux confirment le dictateur allemand dans la conviction que tout lui est permis...
Les négociateurs d’aujourd’hui devraient réfléchir – du moins je l’espère - à la somme de mensonges et de promesses non tenues dont le dictateur les a abreuvés avant de se ruer sur la Pologne puis sur l’Europe occidentale.
La presse n'hésite pas à proclamer : "un soulagement unanime" !
Pour ceux que le sujet intéresse et que la situation internationale inquiète, je leur conseille plusieurs ouvrages littéraires et/ou historiques que j’ai lus - et jadis Claude aussi - au cours des dernières années et qui m’ont beaucoup appris.
Il fait encore bien doux mais cela ne va sans doute pas durer ... Autant profiter d'une entrée légère avant que le prix du kilo de tomate n'atteigne des sommets !
Une recette retrouvée dans mes archives (elle date de 10 ans !) et qui me fait regretter mes doux moments passés dans le Sud ...
C'est un plat léger, riche en vitamines, que l'on peut formater pour un apéritif (dans de petits verres) ou pour un repas du soir (dans des verres plus grands). J'en donne les proportions pour deux convives en plat principal.
Il faut la chair d'une belle tomate bien charnue, pelée et épépinée, et celle d'un avocat mûr à point. Ajouter un jus de citron vert, une rasade d'huile d'olive, la mie d'une tranche de pain, deux gousses d'ail, une poignée de feuilles de basilic, sel et poivre, du vinaigre balsamique, du piment d'Espelette. Et, bien entendu, des crevettes décortiquées cuites (7 à 8 par portion).
Dans un récipient cylindrique à hauts bords, écraser au mixer plongeant la chair de tomate, l'ail, la mie de pain, une cuillerée à soupe de vinaigre, pour le gazpacho qui sert ici de base.. Poser les crevettes en rosace dessus.
Reprendre le même récipient nettoyé et y placer l'avocat coupé en dés, le basilic, le jus de citron, la cuillerée d'huile d'olive. Réaliser le guacamole, ajouter le piment d'Espelette, vérifier l'assaisonnement. Poser délicatement la mousse d'avocat sur les crevettes et laisser prendre au froid une heure avant de servir.
Bien entendu, j’ai suivi à la télévision une grande partie des déambulations du Pape en France durant cette fin de semaine que bien des témoins qualifient désormais d’historique.
Son circuit parisien est même passé au cœur de mon quartier en cheminant au pas sur le boulevard Montparnasse et devant l’église de ma paroisse, Notre-Dame des Champs.
Un événement hors norme, certes, car je ne me souviens pas d’avoir jamais vu une foule aussi dense se réunir pour avoir une chance de voir « en vrai » ce personnage éminent.
J’ai apprécié la retenue pleine de bonté de l’homme, ses efforts pour maîtriser le français – même avec une petite pointe d’accent espagnol dans son premier discours – nettement amélioré par la suite, la sincérité de son regard.
Ma plus forte émotion : la présence massive de la jeunesse.
Croyants sincères ou catholiques festifs, adeptes d'une foi différente mais emmenés par leurs copains venus de partout et souvent de fort loin, participants calmes et patients tôt levés pour être à une bonne place sur le parcours, tous enthousiastes, visiblement heureux de participer à l’événement. Une grosse dose de bonheur et d’espérance en l’avenir pour nous, les vieux, qui sommes atterrés devant l’état du monde et le marasme de notre paysage politique.
La marée des équipiers bénévoles en « gilets » jaunes, le calme et la discipline extraordinaire au moment de la communion sur les Champs-Elysées, la ligne ininterrompue des 3000 parasols blancs qui signalaient ceux qui distribuaient l'hostie : inoubliable.
Ce qui m’a encore plus émue, c’est la bénédiction des bébés : la manière dont le garde du corps aux cheveux grisonnants allait recueillir un nourrisson des bras de ses parents pour le présenter à la bénédiction du pape avant de le ramener à sa famille, sans ralentir le cortège. Je me suis demandée ce qui allait advenir à cet enfant béni … J’ai pensé aux rois thaumathurges « Le roi te touche, Dieu te bénit … »
Des millions de personnes rassemblées dans la joie d’être ensemble … et pas un qui conteste le chiffrage de ces foules visiblement heureuses de partager une grosse bulle de bonheur, partageant la soif d’un avenir bien différent de la seule course à la consommation. Un besoin de spiritualité que n’entrave nullement le respect de la laïcité à laquelle je suis personnellement très attachée.
Effectivement, des images qui seront vues en boucle dans le monde entier, un rappel de ce que peut faire ensemble un pays et une jeunesse qui a encore le sens de l’idéal et de la solidarité. Une preuve éclatante de notre capacité à maîtriser une organisation millimétrée.
A cet égard, la visite apostolique de Léon XIV est une réussite.
Cette foule en liesse me rassure sur le devenir de mes petits-enfants … une foule heureuse "Comme Léon XIV en France" ... a dit le Président Macron à Metz.
Ma première et seule incursion dans l’abondante œuvre de Jacques Expert date de 2014. Je n’avais pas été follement emballée, tout en reconnaissant le professionnalisme de l’auteur et son art de la construction propre au genre « thriller ».
Je confirme ce talent car j’ai lu d’une traite le roman, sans aucune interruption, en une longue matinée. L’astuce de l'auteur, c’est d’instiller dans l’esprit du lecteur, dès les premières pages, un soupçon sur le – ou la – responsable du chaos.
Ici, pas d'inspecteur vedette ni d'expertises scientifiques, mais des indices ténus qui laissent une trace évanescente, dans une langue fluide ... Une seule remarque : l'un des héros de cette histoire diabolique demeure près de l'église de la Madeleine, boulevard Malesherbes et non avenue ...
C’est ici l’histoire d’une famille fortunée.
Jean-Pierre, le patriarche, est un « vieux beau » qui a réussi dans l’industrie des parfums et des cosmétiques. Il s’entretient par le sport, une élégance très vigilante et d’innombrables liaisons féminines. A soixante-quinze ans, il en paraît dix de moins, il a transmis la direction de sa société à son fils cadet, Julien, fidèle père de famille et gestionnaire avisé. Son fils aîné, Tristan, plus "artiste" est devenu coiffeur qui a tissé un réseau prospère de boutiques franchisées en Europe. Lui ne s’est jamais marié, il papillonne.
Surgit un jour auprès de lui une belle femme. Elle a à peu près son âge et prétend être sa demi-sœur, fruit d’une des nombreuses incartades de Jean-Pierre. Elle souhaite ardemment le rencontrer et a choisi de l’approcher par l’intermédiaire de son fils qu'elle estime plus "malléable. Elle propose naturellement d’apporter la preuve de ses dires par un test ADN.
Cette Nathalie va peu à peu s’insinuer, séduire, s’imposer, se rendre indispensable à cette riche famille, dont les membres sont partagés sur sa bonne foi … Si Tristan a tendance à lui faire confiance, ce n’est pas le cas de Julien et moins encore de son épouse Noémie. Sans compter que cette femme issue de nulle part et sans passé vérifiable est accompagnée d’une fille d’un premier mariage : Judith, brillante étudiante très solitaire.
C’est une histoire de faux-semblants et de mensonges, de captation d’héritage et d’insinuations toxiques, d’autant qu’une série de deuils vient fracasser cette famille privilégiée mais bientôt tombée en miettes.
Tous ce monde y laissera des plumes et la clé du mystère n’en sera dévoilée, comme c’est l’usage, que dans l’épilogue, après avoir laissé le lecteur dans la plus totale irrésolution.
Ma sœur, thriller de Jacques Expert, édité chez Calmann-Lévy en Livre de Poche, 379 p., 9,20€
Au début du mois de juillet, je vous parlais de mes moments de somnolence postprandiale devant la série « Rex, chien flic » dans sa déclinaison canadienne.
Rex aboie désormais en italien et continue ses exploits en ce début d’automne avec, à la surprise des analystes de l’audimat, des records d’audience pour France 3, sur une case horaire pourtant peu prisée des publicitaires.
"Rex, chien flic" est une série autrichienne créée en 1993 par Peter Hajek et Peter Moser. Elle a été diffusée en Autriche et en Allemagne, puis en Italie et en France à partir de 2011.
C’est en effet la série télévisée européenne la plus vendue dans le monde. Elle a donné lieu à de nombreuses adaptations comme la version canadienne « Hudson et Rex » diffusée cet été, et celle que nous regardons aujourd’hui, la version italienne qui se déroule à Rome, produite par Beta Films.
En France, trois épisodes sont programmés sur FR3 à partir de 14h 40 du lundi au vendredi. L’audience est au rendez-vous de ce chien aussi ultra intelligent que calin et de son maître joli garçon.
Rex s’impose donc comme leader sur cette tranche horaire avec 5,9, 8,9 et 6,7 points de part de marché. Et sur le segment des femmes responsables des achats de moins de 50 ans, respectivement 7,2%, 9,1%, 9,1%, et un total de plus de 800000 spectateurs.
Je ne suis donc pas la seule mamie à me délecter de ces aventures régressives dont chaque épisode est construit de la même façon : le jeune maître du héros, toujours célibataire, commence une investigation sur une scène de crime, mais c’est le chien qui décèle un indice que les humains ne peuvent pas « sentir ».
Il y a ensuite inévitablement une poursuite de suspect que Rex va attraper, terrasser et tenir sous la menace de ses crocs, il y a toujours une bagarre très violente entre l’inspecteur et les malfrats, et un petit clin d’œil amoureux – voire plus - entre le policier et l’experte en criminalistique, tout ça sous la supervision du patron toujours bougon du commissariat, situé en face du Castel Saint-Ange et qui donne sur la piazza Navona.
Les codes sont immuables, les maîtres de Rex interchangeables - Lorenzo Fabbri le blond (Kaspar Capparoni) puis Davide Ribera (Ettore Bassi) le brun qui mâchouille toujours un bâton de réglisse (clin d’œil à Lucky Luke ?).
Ainsi, je me sens moins seule devant ma télévision de service public lors de mes après-midis les plus calmes, et j’arrête de culpabiliser devant cette série dont les codes datent de plus de 15 ans …
Cet après-midi, je doute de m’amuser autant avec la visite de Léon XIV !
Commencer à lire ce court roman, c'est entrer dans un loooong tunnel dont on ne voit à aucun moment le bout.
Un roman d’anticipation (à peine ?) qui décrit le destin tragique d’une famille tout ce qu’il y a de plus heureuse, emportée sans espoir de retour dans le maelström d’un pays jadis démocratique, mais qui bascule dans la dictature.
L’histoire se situe à Dublin. Depuis deux ans, l'Irlande est dirigée par le National Alliance Party, un parti d’extrême droite. Progressivement, les libertés essentielles sont supprimées, une police secrète opère des arrestations arbitraires, des personnes disparaissent, les moyens de communication sont interrompus …
Larry Stack, le mari d’Eilish, une scientifique, est secrétaire général d’un syndicat d’enseignants. Ils ont quatre enfants : Mark, l’aîné a dix-sept ans, ensuite vient Molly, 14 ans, Bailey, 11 ans, et Ben encore nourri au sein. Il y a aussi Simon, le père de Eilish, qui vit seul un peu plus loin mais commence à perdre la tête. Les deux parents travaillent, ils habitent une jolie maison, une famille modèle …
Et puis la population commence à protester, à manifester, bientôt à résister. Au soir d’une manifestation lourdement réprimée par la police, Larry disparaît. Malgré de multiples démarches, Eilish n’aura plus jamais de nouvelles. Bientôt, la protestation se mue en guerre civile, réprimée à coup de balles réelles et de bombardements.
C’est alors la plongée dans l’enfer des victimes de la guerre sous toutes ses formes. La cruauté de la vie des femmes et des enfants terrassés par la violence, le désespoir de l’absence, la mort sous les rafales et les bombes aveugles, le dilemme devant la seule solution qui serait de fuir, mais comment tout quitter ? La détresse des réfugiés, exploités, ballottés, humiliés …
L’auteur (né en 1977) ne s’embarrasse d’aucune figure habituelle de présentation : les chapitres et les paragraphes s’enchaînent, il ne ménage aucune césure entre les dialogues, passe directement du rêve à la réalité. Il décrit les affres intimes d’une mère qui perd la trace de son fils aîné parti combattre du côté des résistants, souffre de l’incertitude sur le sort de son mari, subit les réactions déstabilisantes de ses deux ados incontrôlables, les difficultés quotidiennes pour simplement survivre …
C’est un tableau apocalyptique, sans doute très éloigné de la réalité contemporaine vraisemblablement encore bien pire : à Kiev, Gaza, Téhéran et partout dans le monde où les combats font rage.
Un aperçu de la mécanique diabolique de l’évolution d’un pays qui s’effondre dans la dictature et la guerre civile. Une prophétie fondée sur les péripéties de l’histoire pour ceux qui sont tentés par l’autoritarisme ?
Le chant du prophète – Prophet Song – roman d’anticipation de Paul Lynch (2023) traduit de l’anglais par Marina Boraso, publié chez Albin Michel, 327 p., 8,90€.