Le Temps des Tyrans, polar historique de Jean-Christophe Portes
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Je dévore les aventures de Victor Dauterive depuis l’été 2018 - merci à Gérard Collard qui me l'a fait découvrir ! - et ce dixième épisode est encore plus haletant que les précédents.
L’intrigue – qui est la suite de l’épisode précédent mais peut se lire de façon indépendante - se déroule à l’automne 1793, autour et dans Toulon assiégé par les Anglais, les Espagnols et les Sardes.
Victor Brunel de Saulon, chevalier d'Hauterive, est né en Avril 1772, en Bourgogne au sein d'une famille aristocratique. Acquis aux idées de la Révolution et en réaction contre l’instruction cruelle donnée par son père, il a adopté le patronyme de Dauterive et s’est engagé dans la Gendarmerie et, malgré son jeune âge, a déjà réalisé plusieurs exploits où il n’a pas hésité à mettre sa vie en danger et en a gravi les échelons … c’est même sa caractéristique principale.
Impliqué dans une mission qui a échoué, il doit s’éloigner de Paris, chargé d’une nouvelle entreprise encore plus périlleuse, et quitter sa famille dont il va être coupé pendant de longues semaines, sans pouvoir tenter d’intercéder en faveur de son amie Olympe de Gouges, incarcérée pour ses prises de positions violentes à l’encontre de Maximilien Robespierre.
Il se rend à Toulon, dans un Midi en pleine guerre civile entre deux partis révolutionnaires et partageant le même chant de guerre : la Marseillaise. D’un côté Paris et les Jacobins radicaux et de l’autre, la Province et les modérés, qualifiés de Fédéralistes et plus tard – par Lamartine - de Girondins.
Victor, même s’il réprouve la violence et la démagogie de certains sans-culottes, penche pour la Convention. Car si les rebelles fédéralistes sont eux aussi des patriotes sincères mais égarés, ils sont aussi infiltrés par des royalistes en liaison avec les cours étrangères bien décidées à rétablir la monarchie avec Louis XVII) ou à défaut le comte de Provence – futur Louis XVIII. Et parmi les tenants de la Convention, des corrompus exploitent sans vergogne les notables pourchassés.
A Toulon, encerclé par les Anglais, les Espagnols et les Sardes qui s’apprêtent à s’emparer de la flotte du Levant et à détruire les installations militaires françaises, Victor va retrouver Augustin, le frère de Robespierre lui aussi en mission, et un jeune officier artilleur qu’il a entrevu à Paris, Bonaparte.
Ce n’est pas la première fois que, dès les premières pages du récit, nous connaissons le destin tragique de l’amie de Victor et les risques qu'encourt son épouse pour intercéder en sa faveur en son absence. Mais je ne dévoilerai pas davantage les mille périls surmontés par le jeune héros. Et on découvre également un homme parfois faible devant la tentation d’une jolie femme qui le provoque. Terriblement humain donc !
Au-delà du plaisir de la lecture renouvelé et d’une description de la situation politique de cette période tourmentée – évoquée en page 621 de l’ouvrage de Jean-Christian Petitfils – je perçois en filigrane des éléments rémanents de notre vie politique contemporaine :
- la résurgence périodique de la pulsion contre-révolutionnaire, surtout en période de crise économique ou financière, avec la tentation de renverser la table pour revenir à un « âge d’or » fantasmé, le syndrome du « c’était mieux avant »,
- la réaction instinctive contre les premières initiatives des femmes d’exister autrement qu’en tant que mères ou objets de désir,
- les clivages au sein des mêmes courants d’opinion et les luttes sans merci pour éliminer (non plus physiquement aujourd’hui, bien entendu, mais autrement) ceux qui pensent différemment et deviennent des rivaux dans la conquête du pouvoir,
- l’antagonisme traditionnel entre Paris et ses élites et les partisans de la décentralisation - aujourd'hui le monde périurbain contre les métropoles,
- la recherche utopique du recours à un (ou une) sauveur providentiel … parfois apparu soudainement (1799, 1852, 1940, 1958...) et toujours rapidement qualifié de despote.
Après chaque nouvelle aventure de Victor Dauterive, je referme le livre en me demandant dans quel nouveau pétrin mortel le héros va courir se jeter tête baissée dans le prochain roman …
Le temps des Tyrans, roman policier historique de Jean-Christophe Portes, éditions City, 403 p., 20,90€.
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