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4 juin 2020

Comment les chrétiens sont devenus catholiques, par Marie-Françoise Baslez

Baslez

Depuis mes premières notions d’enseignement religieux (avant 1958 !), je reste perplexe devant la question : comment une secte orientale ultra-minoritaire a pu devenir, au fil des siècles, d’abord une religion impériale, puis rassembler deux mille ans plus tard à travers le monde des milliards de croyants ?

J’avais déjà lu le livre de Paul Veyne – Quand notre monde est devenu chrétien – et la précédente biographie de Saint Paul par Marie-Françoise Baslez, LA spécialiste du sujet. Mais ce livre m’a fait découvrir bien des notions nouvelles … empreintes d’une modernité étonnante.

La diffusion du christianisme s’opère dès le premier siècle par les réseaux sociaux. A l’origine, il s’agit d’églises de maisonnées, abritées par un chef de famille converti, entouré de ses « gens », de ses clients. Leur façon de communiquer est une réalité sociétale préexistante dans le monde gréco-romain.

Paul évolue dans le milieu du commerce et de la communication, au sein de la diaspora hellénophone, du monde du négoce et de la diffusion de la culture ; il voyage beaucoup. Le christianisme se répand à l’occasion de conversions de philosophes itinérants, favorisé par la pratique de l’hospitalité qui implique rapidement une communauté de croyance. Paul s’inspire des pratiques synagogales de la diaspora pour organiser la diffusion de la nouvelle religion. Il utilise aussi le réseau des colonies romaines peuplées de vétérans.

L’effort de la prédication consiste à éviter que les églises dispersées ne virent à la secte, en se fondant sur l’écrit pour forger une identité chrétienne spécifique sinon exclusive.

Ignace d’Antioche pose que « Là où est le Christ Jésus, là est l’Eglise catholique », affirmation de l’universalisme chrétien (« catholique » signifie « d’intérêt général ») opposée à l’ethnocentrisme juif. Car l’église se veut missionnaire : elle proclame l’évangile à toute la création. Aucun présupposé n’est requis pour devenir chrétien : ni origine, ni statut social, ni genre, ni classe, ni race, ni culture. Thomas, celui qui ne croit que ce qu’il voit, ira jusqu’en Chine …

 Les IIème siècle est celui des controverses, celui d’un bouillonnement d’idées intellectuelles et théologiques. Le débat est permanent, les luttes de personnalités aussi. Les opposants sont écoutés, les évêques vont sur le terrain, cherchent à convaincre plutôt qu’à exclure les « dissidents » pour rétablir par compromis l’unité. L’écriture, à la fin du IIème siècle, de l’Ancien et du Nouveau Testament fixe les idées. Chaque fois qu’un personnage devient clivant, on organise un synode ou concile, pour permettre de dégager une unanimité propre à gérer les différences doctrinales. En Afrique seulement, sur 500 cités, on compte vers l’an 200 entre 100 et 150 sièges épiscopaux, dont les plus importants sont Carthage et Alexandrie. Rome, important centre de controverses, de pélerinages, et capitale de l’Empire, proclame sa primauté par l’investiture de Pierre et de Paul et joue les arbitres objectifs.

Au milieu du IIIème siècle, les persécutions fragilisent les communautés au lieu de les rassembler. Mais, menacé par les invasions barbares, l’Empire va rechercher une universalité homogène, une seule communauté cultuelle. L’universalité de l’Eglise – sa catholicité – viendra de sa reconnaissance par Constantin – et l’Edit de Milan en 313. L’empereur proclame la tolérance, convoque les conciles, joue les arbitres, réduit les dissidences, impose ses décrets.

La plus grave déviance – mais pas la seule - vient d’Arius qui défend un monothéisme rigoureux mettant le Christ dans une position subordonnée face au Père, récusant sa divinité et son éternité. Il a été condamné à Alexandrie en 324 mais a beaucoup de partisans autour d’Alexandrie, en Palestine, en Bithynie, en Perse et en Asie Mineure. La controverse dure plus de 50 ans. Entre 200 et 300 évêques se réunissent au concile de Nicée en 325 pour y adopter le texte du Credo, toujours récité chaque dimanche aujourd’hui à la messe … Devenue religion d’Etat, le catholicisme sera imposé par la puissance publique pour des raisons plus politiques que théologiques …

L’unité sera imposée par Théodose selon la norme établie à Nicée, mais les églises orientales résistent sur un mode ethno-politique et autocéphale : en Egypte (les Coptes), en Syrie, Ethiopie, en Arménie, en Mésopotamie, en Perse … La question des Chrétiens d’Orient ne date pas d’aujourd’hui.

 

baptistère des Ariens

A travers cet ouvrage, très accessible à part son avant-propos, on peut faire aussi des comparaisons sur les mouvements politiques contemporains : divisions, exclusions, schismes, hérésies, réconciliations, réintégration, ralliements, compromis, querelles d’egos, jeux de pouvoirs d’évêques jaloux de leurs prérogatives, contestations de leur élection … Les premiers chrétiens étaient des hommes, comme nous !

 

N.B. En fait, je crois que mon questionnement a pour origine la découverte des mosaïques de Ravenne et plus particulièrement celles du baptistère des Ariens, construit au tournant du Vème et VI ème siècle, preuve que l'hérésie arienne est encore bien vivace dans cette capitale fugace de l'empire d'Occident ...

 

Comment les chrétiens sont devenus catholiques – 1er – Vème siècle, essai par Marie-Françoise Baslez, édité chez Tallandier, 313 p., 21,90€

Commentaires
E
en effet le concile de Nicée travaille sur la question de la divinité de Jesus, a laquelle ne croient pas les Ariens. Il en résulte le "grand" credo qui insiste sur la divinité de Jesus: "Lumière né de la lumière, Dieu né du vrai Dieu, engendré non pas crée de même nature que le Pere.. "Ce credo, commun avec les orthodoxes, n'est plus celui qui est récité le plus souvent chaque dimanche. On lui préfère souvent le "symbole des Apôtres" plus court ..et moins complet,. mais dont le nom est trompeur: il n'a pas été écrit par les apôtres .<br /> <br /> Ce credo de Nicée définit aussi le saint Esprit et donc la Trinite un Dieu en trois personnes.. <br /> <br /> Il reprend les points fondamentaux de la foi chrétienne.
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J
Merci pour cette référence bibliographique dont le sujet me passionne.<br /> <br /> Belle journée
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