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19 novembre 2013

Troie, film à grand spectacle de Wolfgang Petersen (2004)

Achille

Tombée par hasard samedi après-midi à la télévision sur un « peplum » hollywoodien de Wolfgang Petersen : « Troie » (2004).

Je suis restée jusqu'à la fin, comme Hugo, très attentif, devant ce film qui m’a replongée dans mes jeunes années, celles où j’étudiais l’Iliade dans le texte.

En réalité, j’étais autrefois bien plus passionnée par les aventures d’Ulysse sur le chemin du retour à Ithaque que par les démêlés des roitelets achéens devant les murailles imprenables de Troie.

Hector

Mais j’avais tort, car la tragédie de la colère d’Achille constitue une des briques fondamentales de la pensée occidentale. Et je reste ébahie devant l’inventivité du scénario de cette histoire qui date vraisemblablement du XIIIème siècle avant notre ère, à l’époque du bronze. Bien sur, à l'époque où je m'échinais sur le texte pour tenter de le traduire, je n'en percevais pas les subtilités. Mais je me suis replongée dans la traduction - mon exemplaire de La Pleïade date de 1955 - et j'ai été saisie par là beauté de ses images et la richesse foisonnante des personnages. Ce que je trouvais étrange, ce sont les qualificatifs de chacun - Athéna aux yeux pers - relatant une caractéristique physique ou une généalogie éclairant le héros ou le dieu ...

hélène
Pitt

Le casting et les costumes du film - pour une fois pas grandiloquents -  correspondent bien à l'esprit et à l'ambiance du texte d’Homère, comme on peut les comparer les décors aux peintures des innombrables vases grecs qui ornent nos musées.

Achille est blond, porte une longue chevelure. Il n’est pas tout à fait un jeune homme puisqu’il a déjà un fils, Pyrrhus, en âge de porter les armes et qui ramènera captive Andromaque, la veuve d’Hector, tué par son père. Brad Pitt est donc bien dans le rôle. Car finalement, guidé par Apollon, c'est Pâris qui réussira à atteindre au talon et tuer le bel Achille. L'Iliade ne le dit pas, c'est la légende ultérieure, mais le film le montre. Diane Krüger est la plus belle femme du monde. Pâris, en décernant la pomme d'or à la déesse Aphrodite a obtenu en échange son amour ... Tout ça est donc bien une conspiration des dieux !

Plus prosaïquement, l’histoire est celle d’une rivalité entre deux chefs de clan. On sait que le prétexte de la campagne militaire est de ramener chez son mari Ménélas la belle Hélène qui a suivi Pâris, fils de Priam roi de Troie et a donc abandonné son mari et sa fille. En fait, la campagne est dirigée par Agamemnon, frère de Ménélas, qui a levé le plus grand nombre de troupes. Mais il s’agit d’une coalition de cheffaillons. Une sorte de guerre civile car d’un côté comme de l’autre, on vénère les mêmes dieux, on parle la même langue, porte le même armement. Elle n'en est que plus âpre, comme on peut le voir de nos jours autour de la Méditerranée ...

le cheval
Thétis donne ses armes à Achille

Au moment où commence l’Iliade, l’armée grecque, bloquée depuis 9 ans sous les murs de Troie, est ravagée par la peste. C’est un châtiment envoyé par Apollon pour avoir enlevé Chryséis, la fille d’un prêtre. Agamemnon accepte de la restituer à son père mais en compensation, il récupère Briséïs, une captive attribuée à Achille. Furieux, celui-ci se retire sous sa tente et refuse désormais le combat alors que chacun sait que sans lui et ses Mirmydons, la guerre sera perdue. Achille est en effet quasiment invincible : sa mère la déesse Thétis l’a plongé dans le Styx pour le rendre invulnérable, sauf le petit point de peau autour du talon par lequel elle le tenait …

Il faudra qu’Hector tue Patrocle, le meilleur ami d’Achille qui a revêtu ses armes, pour qu’Achille revienne dans le jeu, pour venger son cousin et alter ego, et tue en combat singulier Hector, fils aîné du roi Priam. Ensuite, Ulysse aura l’idée géniale d’envoyer aux Troyens un cheval gigantesque mais bourré de soldats pour faire ouvrir les portes de la ville de l’intérieur et enfin mettre à sac la cité orgueilleuse. Peu de Troyens en réchapperont, hormis Enée qui reviendra en Europe fonder Rome – selon l’Énéide (aussi un exercice pour les latinistes, cette fois !) …. Les femmes sont attribuées aux vainqueurs : Andromaque sera l’une des héroïnes de Racine, et Eschyle écrira la trilogue du retour d’Œdipe et les malheurs des Atrides.

Qui aujourd’hui situe les biographies de ces héros, mi-hommes, mi-dieux, qui peuplèrent les imaginaires de tous les hommes cultivés des siècles passés ? Heureusement, nous avons à portée de main Wikipédia pour nous les remémorer.

Comme scénario, je trouve que ces antagonismes et les caractères complexes des personnages sont bien plus riches que les aventures de Superman ou Spiderman … Evidemment, les boucliers et les glaives ont moins de charme que les éclairs de Goldorak ou les vaisseaux intersidéraux de Stars Wars - quoique toujours, les mêmes thèmes remontent … A y bien réfléchir, les vengeances, les alliances, les trahisons, les fausses prophéties … me font aussi penser à la guerre des clans maffieux dans diverses régions de la Méditerranée, de nos jours.

Alors, j’imagine que ce genre de films populaires – Troie a réalisé près de 3 millions d’entrées en France – quand ils sont faits avec talent et respect concourt à la connaissance des spectateurs et donne un petit mais efficace aperçu des mythes omniprésents dans la culture occidentale.

Troie, film de Wolfgang Petersen, avec Brad Pitt, Orlando Bloom, Diane Krüger, Peter O'Toole, Rose Byrne ....

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