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Journal de bord d'une grand-mère grande lectrice et avide de continuer à apprendre, de ses trois filles et de ses 7 petits-enfants.
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10 janvier 2021

Le sabre et le turban, essai de Jean-François Colosimo

 

colosimo

C’est un essai en forme de réquisitoire, court, dense et implacable, explicite dès son sous-titre : Jusqu’où ira la Turquie ?

Jean-François Colosimo est un théologien orthodoxe dont le style peut parfois déconcerter et que je soupçonne de ne pas être totalement objectif. Il livre ici une diatribe fouillée sur le thème qui lui est cher : l’aveuglement de l’Occident devant la dangerosité de la politique agressive turque.

Comment la Turquie, souffrant du syndrome de l’encerclement, a en un siècle basculé du désir de rejoindre l’Europe à la volonté de dominer l’Oumma ? Il faut d'abord se souvenir de l’empire ottoman comme de l’empire byzantin. La conquête justifie l’instauration de l’empire : le sabre valide le turban qui vérifie le sabre.

La Turquie moderne est née du désastre de la Grande guerre* avec l'effondrement de l'Empire, puis du trou noir de la purification ethnique (Grecs, Juifs, Arméniens, Assyriens, Yézidis) organisée par Talaat Pacha à partir de 1915. Les Arméniens furent ainsi déclarés inassimilables et faisant obstacle à la jonction des peuples turcs aux confins de l’Est.

Afin de ne pas souiller la fierté nationale, Mustapha Kemal pas plus qu’Erdogan ne reconnait le génocide arménien. Avec lui déjà, toute différence est assimilée à un acte antipatriotique. Même les Kurdes, majoritairement musulmans, sont manipulés : ils réalisent le génocide avant d’être réprimés, pourchassés, niés dans leur identité, tout comme les Alévis qui pratiquent une sorte de synchrétisme.

Constitutionnellement, la Turquie se déclare un Etat laïc. Mais cela signifie que l’Etat institue, gouverne, encadre, surveille et contrôle la religion. Toute divergence doit être réprimée car elle est facteur de division et de sédition.

Comme nombre d’européens, j’ai admiré Mustapha Kemal, maréchal de l’indépendance, artisan de la Nation, réformateur de l’Etat, et sa marche forcée vers l’occidentalisation. Lors de mes voyages en Turquie, j’ai été émerveillée par sa culture multiséculaire. L’armée, perçue comme le meilleur vecteur de l’occidentalisation et la première élite du pays, jouit d’une position éminente, largement confortée par la guerre froide.

La situation politique d’aujourd’hui appelle cependant à la plus grande vigilance : comme hier, Erdogan comme Kemal cherche à délivrer les anciens territoires ottomans injustement démembrés ou occupés (Chypre, au Caucase, en mer Egée, au Moyen-Orient, dans les Balkans …), il joue habilement des peurs et des renoncements du monde occidental. Le constat est glaçant.

*Pour creuser le sujet : Les crises d'Orient volume 2 par Henry Laurens

 

Le sabre et le turban, jusqu’où ira la Turquie ? Essai de Jean-François Colosimo, aux éditions du Cerf, 214 p., 15

Commentaires
J
Merci pour cette référence bibliographique. Je trouve Erdogan bien inquiétant et face à l’islamisme montant et le manque de réaction de nos démocraties je crains que Michel Houellebecq n’ait raison, je fais référence à son livre « Soumission »
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