La Crue, roman historique de Catherine Diament et Clémence Thioly
1910 : l’année de naissance de mon père … et celle de la plus grave catastrophe naturelle que notre pays ait subie. Elle fut pour moi, des années durant, une source d’inquiétude car l’immeuble dont j’avais la responsabilité était situé dans la zone inondable … En ces temps de bouleversement climatique et de sinistres majeurs comme les incendies difficilement contrôlables de cet été, j’ai aussitôt flashé sur ce roman signalé par Gérard Collard !
La toile de fond en est donc cette monstrueuse crue de la Seine qui monta inexorablement pendant les 10 premiers jours de janvier 1910 jusqu’à atteindre 8,62 m et mit 35 jours à refluer, laissant derrière elle plus de 20000 immeubles inondés (à Paris) et la dévastation tout au long de la vallée de la Seine.
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La description des désastres causés par cette inondation nous donne une idée de ce que provoquerait aujourd’hui – et pourquoi pas demain ? – un événement de cette nature mais encore pire, dont les experts prédisent qu’il se produira, mais pas quand.
Quatre destins de femmes se croisent dans un immeuble de la rue Saint Paul, en plein Marais. L’héroïne principale est la fille du président de la Chambre des députés, Madeleine. Elle enrage de ne pas pouvoir accéder à des études supérieures car elle veut devenir météorologue. C’est elle, par ses relevés et ses courbes qui va tenter d’informer les autorités de l’imminence de la catastrophe. En vain, puis en alertant la Presse. Les politiques ne réagiront que trop tard …
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Jeanne se rêve, elle, en comédienne mais doit survivre occasionnellement de ses charmes. Elle parvient à se faire engager comme costumière à la Comédie française où elle rencontre Adèle, belle métisse anglaise qui y joue le premier rôle dans une pièce de Victor Hugo et recherche la trace d’un père qu’elle n’a jamais connu. Mais sa recherche dérange une rivale …
Suzanne enfin, ouvrière sous l’emprise d’un mari hyper violent, qui concocte dans sa cuisine des crèmes adoucissantes très efficaces et confie ses deux enfants à la garde de sa mère, concierge de l’immeuble cossu où logent Madeleine – à l’étage noble - et Jeanne – sous les toits.
J’ai été happée par les péripéties de cette histoire foisonnante, à la fois thriller historico-écolo-féministe, particulièrement bien documenté et qui met en scène des personnages crédibles – des femmes héroïques souvent, des hommes généreux parfois – et de véritables criminels en cols blancs.
Des chapitres ultra-courts (233 !), des histoires d’amour a priori impossibles dans cette société corsetée, l’incapacité des autorités à anticiper, la passion de l’enrichissement au prix de la fraude et de l’intimidation, allant jusqu’au règlement de compte physique, la jalousie d’une bourgeoise au cœur sec …
Un style, un rythme qui ne laisse pas le lecteur en repos. Un page turner qui m’a fait penser aux feuilletons de Michel Zévaco. D’ailleurs, l’une des autrices est, entre autres talents, scénariste … Mais pour le tournage d’une série, la reconstitution des décors aquatiques serait difficile … (sauf effets spéciaux générés par IA, naturellement !)
La Crue, roman historique de Catherine Diament et Clémence Thioly, aux éditions de l’Observatoire, 667 p., 24€.