Rares ceux qui échappèrent à la guerre, roman de Frédéric Paulin
/image%2F1371293%2F20260324%2Fob_4c16aa_rares-ceux-qui-echapperent-a-la-guerre.jpg)
Ce deuxième volet de la trilogie libanaise de Frédéric Paulin commence par l’attentat contre le poste français du Drakkar et le QG américain à l’aéroport de Beyrouth (305 morts le 23 octobre 1983) et se termine au moment où éclate la bombe devant le magasin Tati de la rue de Rennes le 17 septembre 1986.
Période de guerre civile intense au Liban entre les factions politico-religieuses et malgré (?) les interventions armées des Américains, Israéliens, Syriens et Français censées rétablir la paix … Chaos, carnages, à Beyrouth, au sud-Liban, à Paris, dans le TGV, à l’ombre du conflit entre l’Iran et la France.
/image%2F1371293%2F20260324%2Fob_562b72_frederic-paulin.jpg)
Au cœur de cette actualité toujours aussi présente plus de quarante ans après, des héros fatigués et meurtris.
Le commandant de la DGSE Christian Dixneuf, qui peine à maîtrise sa colère, Nicolas Caillaux, commissaire des Renseignements généraux, chef de la section antiterroriste, Philippe Kellermann, conseiller auprès de la présidence de la République – François Mitterrand – spécialiste du Liban où il vient d’apprendre la mort de son fils dans les ruines du Drakkar, Michel Nada, fils d’une influente famille maronite mais qui a choisi de vivre en France et brigue une circonscription à Nice sous l’étiquette RPR.
Leurs femmes aussi, et Zia, la belle interprète chiite, aimée de Kellermann, qui vit sous l’emprise du chef Hezbollah Abdoul Rassoul Al-Amine - elle recrute et conditionne les jeunes kamikazes qui vont se faire exploser contre les positions militaires étrangères - c'est lui qui retient les otages français Marcel Carton, Marcel Fontaine, Michel Seurat, et quelques mois plus tard Jean-Paul Kaufmann, Philippe Rochot, Jean-Louis Normandin, Georges Hansen et Aurel Cornea.
/image%2F1371293%2F20260324%2Fob_a5a5bf_liberes.jpg)
Le roman décrit les laborieuses tractations entre l’Iran et la France pour tenter à plusieurs reprises et par des voies diverses - diplomatie, intermédiaires financiers, barbouzes – de résoudre un contentieux insoluble et faire libérer ces otages.
Des négociations compliquées par la situation politique du moment en France. Le Président socialiste sait qu’il va perdre les élections législatives et ne veut en aucun cas que la libération des français bénéficie à l’opposition.
Car, selon les stratèges du RPR, leur libération pourrait représenter une opportunité pour la Droite et une une chance pour l’élection de Jacques Chirac …
Différents canaux de négociations œuvrent en simultané et chacun y joue au poker menteur en se marchant sur les pieds. Car le Moyen-Orient, hier comme aujourd’hui, est le terrain de jeu de toutes les duplicités.
Un tableau apocalyptique des dessous de la mécanique gouvernementale, aussi noire d’un côté que de l’autre. Une période dramatique jalonnée d’explosions aveugles et de mitraillages de hauts fonctionnaires de défense, par la coopération entre Action Directe et la Fraction Armée Rouge allemande et les groupuscules terroristes libanais opérant sur notre sol … Une époque dont j'ai gardé le dramatique souvenir ...
Ce qui me sidère, c’est que l’auteur met en scène d’éminentes figures de l’Etat - des hauts fonctionnaires comme le fut à l'époque mon mari - dans des positions pas toujours favorables, des personnalités qui sont encore de ce monde …
Comment ces personnes apprécient-elles l’utilisation dans un un roman de leur nom et de leur fonction dans un tel contexte, sans réagir ?
Rares ceux qui échappèrent à la guerre, roman politique de Frédéric Paulin, tome 2, édité chez Agullo Noir, 400 p., 23,50€