Tous les silences, polar d'Arttu Tuominen
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Je poursuis ma plongée dans l’œuvre d’Arttu Tuominen. A nouveau, comme dans Le serment, le récit de ce polar publié en 2021 s’articule en deux périodes : 1941 et 2019.
1941 : l’évocation d’une période des plus sombres de l’histoire finlandaise, celle qui a vu s’enrôler dans l’armée allemande et la SS 1400 jeunes volontaires finnois pour guerroyer contre les soviétiques.
2019 : l’enquête menée par la police de Pori sur la double tentative d’assassinat d’Albert, 97 ans, ancien combattant de la Guerre d’Hiver – si bien racontée par Olivier Norek – multimédaillé, père et grand-père aimant vivant paisiblement dans une maison de retraite.
Cette investigation est menée par le trio d’enquêteurs déjà rencontrés dans les deux romans précédents : Jari Paloviita, Linda Toivonen et Henrick Oksman. Un crime étrange : pourquoi s’en prendre à deux reprises – après une tentative de pendaison dans le parc de la maison de retraite puis, à l’hôpital, par un étouffement heureusement interrompu manu militari par Paloviita - à un vieillard sans défense ?
Un crime similaire apparaît quelques jours plus tard : l’assassinat par pendaison d’un autre vieillard lourdement handicapé, après enlèvement à son domicile. Si le lien est évident, le mobile l’est beaucoup moins. Sauf si on recherche dans le passé lointain des deux hommes, revenus vivants parmi les anciens volontaires convaincus de la suprématie de l’Allemagne hitlérienne pour vaincre les communistes – et de supprimer les Juifs d’Europe.
Après avoir participé à la Guerre d’Hiver dès l’âge de 17 ans, Albert s’est engagé auprès des Allemands dans la Guerre de Continuation au sein de la division finlandaise Wiking, dispersée par petits groupes lors de l’opération Barbarossa déclenchée en juin 1941. Mais contrairement aux promesses de rester groupés, ils sont conduits à mener des opérations de « nettoyage ethnique » menées par les Einsatzgruppen SS, en particulier en Ukraine.
C’est ce passé qui ressurgit progressivement lors de la recherche du mobile de ces agressions menées quatre-vingt ans plus tard. Pourquoi si longtemps après, qui incriminer ?
Une occasion pour l’auteur de revisiter une période de l’histoire finlandaise que l’on évite d’évoquer – mais nous aussi, en France, nous avons eu notre division Charlemagne – et de traiter le thème du secret soigneusement enfoui mais qui réapparait pourtant.
Une traduction très efficace, une intrigue savamment menée. Une page d’histoire.
Tous les silences, polar d’Arttu Tuominen (Vaiettu), traduit du finnois par Claire Saint-Germain, éditions La Martinère dans la collection Points. 450 p., 9,90€.