Le coeur lourd, par Alain Finkielkraut - de l'Académie Française
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Le dialogue est un genre philosophique qui remonte à l’Antiquité et fut très prisé à l’époque des Lumières. Ce qui m’a intriguée ici, c’est le dialogue entre un journaliste de l’âge de mes enfants et plutôt étiqueté à droite et un philosophe éminent, de ma génération, et qui du temps où nous avions vingt ans militait du côté de la gauche révolutionnaire.
Donc, d’un côté Vincent Trémolet de Villers l’interrogateur, et de l’autre Alain Finkielkraut, amoureux de la langue française, fils de rescapés de la Shoah, ancien élève de l’école nationale supérieure et agrégé de philosophie, créateur de l’émission « Répliques » en 1985 sur France Culture, devenu incroyant mais toujours fidèle à son identité juive.
L’homme se définit désormais comme conservateur-libéral-socialiste mais en aucun cas progressiste. Car il considère que le progrès est devenu incontrôlable et implacable.
Est-il encore « de gauche » ? Il déclare : « Je vois la langue s'effondrer, l’école disparaître peu à peu, et je constate que la gauche est indifférente à cette situation et même, dans le cas de la gauche radicale, l'applaudit et veut l'aggraver. » La méritocratie est un leurre. Il n'y a pas d'égalité des chances. L'enfer de l'Education Nationale est pavé des meilleures intentions.
Je me sens très proche de cette position. Je me reconnais parfaitement dans ce qu’il cite comme la France de son enfance. Mais il truffe son propos de références très savantes. En particulier Emmanuel Levinas, Philip Roth, Simone Weil, Milan Kundera, Elisabeth de Fontenay, Raymond Aron, Alexis de Tocqueville, du moins parmi ceux que je connais.
Comme Alain Finkielkraut, moi aussi à chaque fois que je reçois le message « code bon » après une transaction de carte bancaire, j’éprouve le soulagement de l’élève reçu. C’est un détail qui rend le philosophe particulièrement humain …
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L’essentiel des propos échangés dans ce bref ouvrage concerne le destin des Juifs et l’opposition absolue du philosophe au gouvernement actuel d’Israël et à sa politique envers les Palestiniens. Le reflet de l’identité juive d’Alain Finkielkraut, fidèle à ses parents et à sa tradition millénaire.
« Pour la première fois de notre histoire, nous devons faire face à la haine sans avoir la consolation de l’innocence. »
Ce livre donne une clé pour nous permettre de mieux comprendre l’état d’esprit de nos compatriotes qui ont le cœur lourd.
Le cœur lourd, conversation avec Vincent Trémolet de Villers, édité chez Gallimard, 170p., 18,50€.