La maison vide, roman de Laurent Mauvignier
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Ce n’est pas tant sa longueur (744 pages) qui m’incite à qualifier ce livre de roman-fleuve, et pas plus en fonction de certaines caractéristiques : flux, durée de l'écriture ou de la lecture, dimension épique, fresque d'une famille terrienne devenue bourgeoise sur un fond d'histoire contemporaine. C’est au regard du style de l’auteur …
Une prose miroitante, courant avec obstination ainsi qu’une rivière à la fonte des neiges, abondante, frémissante, obstinée, agglutinante. Une écriture haletante, d’une incessante fluidité, une saga qui déroule les malheurs d’une famille fracassée par les aléas de plus d'un siècle de conflits.
C’est ma première incursion chez cet auteur dont je ne connaissais même pas le nom avant qu’il ne figure dans la dernière sélection du prix Goncourt.
Des références explicites : Zola et au premier chef Thérèse Raquin, plus près de nous la trilogie de Pierre Lemaître Les enfants du désastre. Deux prix Goncourt à douze années d’intervalle …
Deux visions apocalyptiques des ravages des guerres affectant successivement cette famille pourtant bien dotée pour être prospère sinon heureuse. Et une autre correspondance, un personnage totalement opposé à Marguerite, celui de l'héroïne du Silence de la mer, de Vercors, publié en 1942, chez le même éditeur … et Proust, enfin, puisque c'est le patronyme attribué à la famille d'un personnage central.
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Destins de femmes broyées par la tutelle parentale, les convenances, l’orgueil, la passion de l’accumulation, la violence des hommes, l’amour inassouvi, la contrainte qui tarit jusqu’à l’amour d’une mère.
Qui ne compte pas dans sa parentèle un mouton noir - on devrait plutôt parler ici de brebis égarée ? Cette pauvre Marguerite, dont le narrateur découvre le visage découpé ou noirci au stylo sur les photos jaunies … cette grand-mère taboue de l'écrivain tombée dans l’indignité absolue.
Mais c’est aussi le destin de sa mère, Marie-Ernestine, qui nous brise le cœur. Les hommes n’ont pas le beau rôle dans cette histoire qui court sur un siècle, de 1860 à 1960. Une bien triste saga dont on veut connaître la fin à chacune des 700 pages.
J’avais apprécié le roman d’Emmanuel Carrère également en lice pour le prix Goncourt – encore une histoire de famille – mais je suis en accord avec le jury : ce roman est encore meilleur !
Dernières correspondances troublantes avec ma propre saga familiale : ma grand-mère Henriette était elle aussi « border line », toutefois pas au niveau de Marguerite (mais son mari s’est pendu en 1931), mon père a été fait prisonnier en 1940 (mais il s'est évadé) et a été décoré de la Légion d’honneur en 1950, Laurent Mauvignier est né à trois jours d’intervalle avec mon gendre aîné, prénommé Laurent lui aussi.
La maison vide, roman de Laurent Mauvignier, aux Editions de Minuit, 744p., 25€