Le crépuscule des hommes, roman historique d'Alfred de Montesquiou
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Il y a huit ans, je terminais le prix Goncourt attribué à L’ordre du jour d'Eric Vuillard qui mettait en scène la conférence de Munich, en restant hélas sur ma faim …
Avec ce livre sur le Procès de Nuremberg, la boucle est bouclée, mais quelle différence : j’assiste aux débats, je tremble, je suis émue, je comprends les ressorts des juges comme les défenses minables des accusés, j’écoute les témoignages …
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Quel talent de conteur chez ce journaliste, réalisateur et écrivain : Alfred de Montesquiou. Il faut lire sa notice biographique pour apprécier son expérience, mise au service d’une vérité décrite comme une fresque cinématographique haletante.
Nuremberg, c’est la naissance de la justice internationale, le procès de 11 dignitaires (plus un in abstentia) de l’empire du Mal, l’émergence de la notion de génocide, le premier procès transmis en traduction simultanée en quatre langues (grâce au système mis au point par IBM), un procès où l’image est omniprésente et la Presse destinée à (ou manipulée pour) faire connaître au monde l’indicible, l’innommable, l’insoutenable.
Et qui a atteint ce résultat !
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Un huis clos où tous les acteurs sont des personnages historiques : les accusés, les juges, les avocats, les militaires, mais surtout les journalistes accrédités, les photographes, les traducteurs …
Et aussi les luttes de pouvoir, les peaux de bananes, les coucheries, les objectifs opposés des deux puissances victorieuses. Pour les Américains, la préoccupation de mener un procès équitable, moralement et juridiquement inattaquable. Pour les Soviétiques, une action de vengeance, un faire-valoir idéologique.
Une belle histoire d’amour aussi, entre un jeune photographe attaché à l’armée américaine et une jolie interprète originaire des Sudètes.
Un procès dont la complexité provoque un allongement des débats, compliqué par la traduction des millions de documents, qui provoque l’ennui des protagonistes, la multitude des témoins – en particulier celui de Marie-Claude Vaillant-Couturier.
Les attaches idéologiques des uns et des autres aussi : (comment, pour un journaliste, rester réellement objectif ?), bousculées par l’irruption de la Guerre froide après le discours de Churchill, les ruses pour obtenir coûte que coûte un scoop, les amitiés qui dépassent les frontières, la personnalité de certaines vedettes de la Presse, déjà confirmées ou en devenir : Ray D’Addario, mais aussi Walter Cronkite ; Ilya Ehrenbourg, Martha Gellhorn (épouse d’Hemingway), Erich Kästner, Joseph Kessel, Didier Lazard, John Dos Passos ; William Shirer, Elsa Triolet …
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Tous sont des contemporains de mes parents et le procès de Nuremberg s’achève le mois de ma naissance. C’est sans doute ce qui me pousse à continuer à creuser cette époque dramatique, en espérant que ces temps d’apocalypse ne reviennent jamais.
Un excellent roman, un formidable document.
Le crépuscule des hommes, roman de Alfred de Montesquiou, publié chez Robert Laffont/Pavillons, 383p., 22€.