Le journal de chasse, polar de Masako Togawa (1964)
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Les errances d’un prédateur plein d'égards dans le Tokyo du début des années soixante. Un séducteur à la voix grave, friand de jeunes femmes solitaires prêtes à une aventure d’un soir.
Ichiro Honda, ingénieur informatique compétent, tient un journal détaillé de toutes ses conquêtes d’un soir.
Il a épousé une de ses camarades d’université, issue d’une riche famille - dont il est très amoureux - mais face à elle il perd ses moyens. Le couple vit à 600 km l’un de l’autre la semaine : Ichiro dans un hôtel à Tokyo mais il passe tous ses week-ends avec son épouse, artiste.
Dans la presse, il découvre qu’une de ses jeunes conquêtes s’est suicidée. Puis quelques jours plus tard, plusieurs de ses amantes ont été assassinées, le meurtrier ayant laissé des indices qui mènent à lui. A l’issue d’une garde à vue à la japonaise – plusieurs dizaines de jours ! – il est inculpé puis condamné à mort.
Le vieil avocat qui va plaider sa cause en appel charge son jeune collaborateur Shinji de reprendre l’enquête à zéro, mais ils disposent de très peu de temps avant le second procès. La justice va très vite et est très lourde au Japon …
Ce roman particulièrement sombre entraîne le lecteur dans les ruelles sinistres des quartiers chauds de la capitale, on se croirait revenu dans une estampe d’Hiroshige, les lieux de prostitution où se murgent les salarymen après leur journée de bureau, les bars gays et les bains de vapeur, un monde tout juste débarrassé des horreurs de la guerre perdue jusqu’à l’anéantissement nucléaire.
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Les femmes jouent un rôle prépondérant dans cette intrigue – et pas seulement comme victimes – où elles y expriment leur ressentiment. Le suspens tient à la nécessité de découvrir le fin mot de cette énigme puisque dès le départ, malgré le caractère difficilement contestable des preuves, le lecteur sait qu’Ichiro est innocent.
Et, malgré sa date de parution largement dépassée, cette intrigue et ses ressorts psychologiques restent parfaitement actuelles.
Merci à Florence, toujours à l’affut de littérature policière nippone, et qui m’en fait profiter.
Le journal de chasse – The Lady Killer – polar de Masako Togawa (1931 – 2016) traduit du japonais par Mathilde Tamae-Bouhon, publié aux éditions Denoël Sueurs Froides, 260p., 21,90€.