Le barman du Ritz, roman historique de Philippe Collin
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La période noire de l’Occupation allemande est à la mode parmi les écrivains depuis quelques années. J’en veux pour preuve les ouvrages passionnants de Jean-Christophe Portes ou Pascal Chabaud.
Et puis, cet été, j’ai entrepris de lire in extenso la fresque d’Henri Amouroux sur la grande histoire des Français sous l’occupation, un travail colossal de documentation raconté avec le talent d’un journaliste témoin de cette période, en dix volumes publiés à partir de 1976 et réédités en 1998, la référence en la matière.
Il faut dire aussi que je baigne depuis mon enfance dans les récits de la vie de mes parents … mais on ne se refait pas. J’étais donc dubitative à l’annonce de la parution de ce roman focalisé sur un des lieux emblématiques de la période : le bar du Ritz, le palace de la place Vendôme, créé par feu César Ritz, génial hôtelier suisse.
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Voici donc le destin de son barman, Frank Meier, juif ashkenase né en 1884 au Tyrol et passé par Vienne, émigré très tôt à New York où il parfait son art de mixer les alcools – il en a même publié un livre, très recherché - puis se fait recruter à Paris dans le plus prestigieux établissement des années folles.
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Survient l’année 40 et la ruée des plus hautes autorités allemandes dans ce palace, qui apprécient de déguster les créations de Frank en version originale, en compagnie de l’élite parisienne, en tous cas celle qui n’a pas fui les envahisseurs.
Mais Frank vit dans l’angoisse de la découverte de sa judéïté, même s’il n’a pas été circoncis, et nourrit une passion non partagée pour Blanche, l’épouse du directeur de l’hôtel, juive comme lui, comme son jeune apprenti.
Une galerie de portraits garnie de vrais salauds, de hauts gradés militaires peu enthousiastes pour le nazisme, de trafiquants criminels affiliés à la Gestapo, de belles actrices et créatrices amoureuses de beaux officiers en vert-de-gris, d’écrivains blasés mais qui se soignent à l’alcool …
Frank Meier a l’art d’entendre sans écouter, de partager les secrets inavouables des uns et des autres, de professer une loyauté sans faille au Ritz qui est devenu sa maison, son havre de sécurité, et aussi son piège …
C’est une histoire à lire d’une seule traite, tant on tremble pour le héros si sympathique, courageux, généreux, amoureux et irremplaçable. Le livre a dépassé les 100000 exemplaires, c’est tout à fait justifié !
Le barman du Ritz, roman de Philippe Collin, édité chez Albin Michel, 413 p. 21,90€