08 novembre 2009
Choix fatidiques : dix décisions qui ont changé le Monde
Ian KERSHAW est cet universitaire britannique qui a écrit,
en 2000, un livre décisif sur Hitler. Il nous livre maintenant une analyse tout
aussi passionnante de dix décisions qui ont marqué les deux premières années de
On y voit Winston Churchill, Hitler, Staline, Mussolini,
Roosevelt, et les militaires japonais, mûrir, hésiter et trancher sur les
points d’inflexion de la guerre.
Ian KERSHAW réussit à percer l’intimité des grands
décideurs, comme il l’avait fait avec Hitler. Il décrit l’équipe de tranquilles
et brillants « faucons » de Roosevelt, le Cabinet de guerre vraiment
démocratique de Londres, la solitude de Hitler et de Staline, « Macbeths »
entourés de familiers apeurés, incapables de la moindre nuance critique.
Il en vient donc à montrer des réalités pas toujours bien
décrites par les livres d’histoire généralistes, donc simplificateurs :
ainsi la relative clairvoyance des diplomates et des financiers japonais, qui,
jusqu’au bout, ont essayé de retenir le fol aventurisme des Etats-majors de la
Marine et de l’Armée, le scepticisme partagé par le Roi d’Italie et ses
généraux, cependant trop couards pour contrer Mussolini. Et même, ce livre nous
montre combien Hitler craignait les Etats-Unis, parce qu’il en admirait – au
moins - la puissance économique.
Le plus émouvant de tous les chapitres est le dernier, qui
montre comment a été arrêtée la décision de la « solution finale »,
en janvier 1942 : puisque l’espace sibérien ne s’ouvrait décidément pas au
Reich pour y faire mourir les Juifs, il fallait les tuer en Pologne. A lire
cette partie du livre, votre colère se rallumera contre les honteux
« révisionnistes », qui nient ou traitent la Shoah de
« détail ».
Donc un livre à lire pour mieux comprendre la folie de
812 p. traduit de
l’anglais par Pierre Emmanuel DAUZAT

05 novembre 2009
Séries TV : correspondances et téléscopages
Dans le genre "série à la française", on doit reconnaitre que l'évolution des scénarios et la qualité des réalisations sont plutôt bonnes ces deux dernières années.
Ce qui me gêne toutefois, c'est de voir en même temps le même acteur incarner des personnages différents ou des films traitant du même sujet ou mettant en scène le même roman avec des interprètes différents. Cela m'avait fortement dérangée lors de la sortie simultanée de la biographie de Jean Moulin (mais curieusement, un seul interprète s'est ancré dans ma mémoire : Charles Berling), cela m'a agacée prodigieusement pour l'adaptation des trois romans de J-C Izzo avec dans le rôle de Fabio Montale, Alain Delon et Pierre Arditi.
Et voilà que cette semaine, on pouvait voir sur notre petit écran deux séries françaises de très grande qualité : Braquo d'Olivier Marchal (production CAPA pour Canal+), et la collection des romans de Fred Vargas "L'homme aux cercles bleus" et "L'homme à l'envers".
Dans ces deux séries on ne peut plus dissemblables (décors, ambiance, contexte social), un seul et même interprète : Jean-Hugues Anglade, aussi bon en Eddy Caplan qu'en Jean-Baptiste Adamsberg.
S'il me faut choisir, mais j'aime aussi bien le style d'Olivier Marchal que celui de Josée Dayan, je donnerai sans doute une petite préférence à Josée Dayan. J'ai bien aimé sa traduction de la petite musique de Fred Vargas. Epoustouflante interprétation de Charlotte Rampling et Jean-Pierre Léaud (Quel casting !), superbes paysages du Mercantour pour l'homme à l'envers. Hélas, je n'avais pas de référence littéraire pour Braquo, et sans doute le côté sombre et violent, tout à fait caractéristique de l'oeuvre d'Olivier Marchal, m'a un peu heurtée.
Un très bel effort de production de fiction française, qui s'exportera bien je l'espère. Comme la sublime Hélène Fillières, incarnant Camille Forestier et dont on a tous en mémoire la composition magistrale de "Mafiosa" (dont j'attends la suite avec impatience).
Et puis, un bravo pour le directeur de casting qui a choisi Corinne Masiéro pour incarner l'inénarrable inspecteur Violette Retancourt, colosse de gentillesse et de courage, ici gratifiée d'un solide accent chtimi, aux côtés de Jacques Spiesser, toujours égal à lui-même en très convainquant Danglard.
En ce qui concerne Braquo, j'attends la sortie de la série en DVD....

03 novembre 2009
Le ruban blanc (Das weisse Band), film de Michael Haneke
Un titre immaculé, pour un film très noir, tourné en couleurs mais restitué en noir et blanc comme aux temps d'Ingmar Bergman ou de Carl Dreyer.
Car on parle de solitude, d'incommunicabilité, de souffrance et de perversion dans ce film.
Terrible, émouvant, dérangeant mais fascinant film où les rapports entre parents et enfants sont empreints de méfiance réciproque, de douleur et de mensonge, comme les rapports politiques et sociaux, où l'amour semble exclu, malpropre, mal venu.
Nous sommes en 1913 dans un village du Brandebourg, centré autour du junker, le baron local, propriétaire latifundiaire, ses paysans et sa famille insoumise, le médecin veuf qui couche avec son assistante, le pasteur et ses sept enfants tenus d'une main de fer, le régisseur âme damnée...et le narrateur, qui raconte ses lointains et incertains souvenirs d'instituteur épargné par la Grande Guerre.
Car il ne sait plus bien ce qui s'est réellement passé, ou il veut oublier : des événements étranges sont venus perturber l'ordonnance prussienne qui régit, telle une chape de plomb, le gros village aux maisons et à l'église de briques, des attentats terribles et totalement inexpliqués...qui expriment la révolte devant la misère et surtout le mépris.
Entre oppression et vengeance, tortures et trahisons, culpabilité et perversion, humiliation et culpabilité, les enfants sont les premiers à souffrir, ou bien deviennent-ils progressivement les bourreaux ? Comment ces jeunes réagiront-ils face aux ordres inhumains qui leurs seront donnés trente ans plus tard ?
Comme toujours dans les films de Haneke, c'est au spectateur de trouver sa réponse.
Ici, les visages d'enfants sont d'une beauté troublante et atroce.
Un film de 2h 24, avec des interprètes totalement inconnus en France (Rainer Bock, Suzanna Lothar, Burckardt Klaussner, Christian Friedel, Leoni Benesch), des décors et des costumes tellement vrais...On reparlera certainement de Maria-Victoria Dragus qui incarne Klara (photo).
Bref, Michael Haneke n'a pas usurpé sa Palme d'Or.

01 novembre 2009
Dans les archives secrètes de la Police, ouvrage collectif
C'est maintenant une mode : on livre au lecteur, tels quels, les documents et fac-simile de rapports, billets, lettres...ayant trait à des affaires qui ont jadis défrayé la chronique. On édite aussi des "livres-objets" clafis de petits papiers à déplier....Au lecteur de se faire son miel. Eh bien non, je regrette ! Ce que j'attends d'un livre, c'est un fil conducteur, une synthèse, une opinion ou une piste de rapprochement avec la vie d'aujourd'hui.
Dans l'ouvrage pesant que je viens d'acheter (662 p. et 24,90€), ils se sont mis à douze parmi les plus prestigieuses signatures (Pierre Assouline, Jean-Pierre Azéma, Jean Lacouture, Amélie Nothomb, Jean-Christian Petitfils....) pour nous livrer un kaleïdoscope superficiel de documents (mémoires, pièces à conviction, rapports, témoignages...) sur les affaires de police - y compris politique - des siècles passés.
Je le regrette, mais je reste sur ma faim. La couverture seule est vendeuse, car ces affaires, nous les connaissons déjà puisque la plupart appartiennent à l'Histoire (l'affaire du Collier, la bande à Bonnot...) ou ont été traitées dans d'autres ouvrages récemment parus (La Mondaine), et pour moi, à tout prendre et surtout à ce prix-là, tout ça ne vaut pas un bon polar ! Et ce n'est pas parce qu'on découvre les pièces originales et/ou manuscrites, que la valeur ajoutée augmente.....je recommande en revanche d'aller visiter le Musée de la Police, derrière le boulevard Saint Germain....Le pièces à conviction présentées sont originales, et beaucoup plus convaincantes !
Le livre intéressera peut-être Jean-Baptiste, féru d'histoire ? En tous les cas, il est trop encombrant pour être remonté cet après-midi dans le train....
Ouvrage collectif publié sous la direction de Bruno Fuligni - Editions L'iconoclaste

27 octobre 2009
Bonsoir Mémé, thriller fantastique par Muriel Tourbe
Toute l'intrigue se situe entre Agen, Villeneuve-sur-Lot et Monflanquin...
Je ne pouvais donc pas passer à côté de ce roman noir sans m'y plonger. Les personnages principaux sont Lilas, une jeune femme de 37 ans (tiens, comme ma fille ainée !), énergique et un peu têtue, et aussi sa grand-mère Rose qui l'a élevée car sa mère - Violette - a disparu avec son mari dans un accident d'avion. Dans cette étrange famille en effet, toutes les filles portent des prénoms de fleurs (Narcisse, Iris,... ). Mémé noisette vit seule. Elle est retrouvée gisant dans son sang après une chute d'escabeau, à moitié dévorée par ses chats. Elle est hospitalisée à Villeneuve et comme elle sent sa fin prochaine, elle veut transmettre à sa petite fille les lourds secrets qui entourent sa naissance...
Et là, on tombe dans le Grand Guignol le plus échevelé. Vous ne pouvez pas imaginer quelles horreurs se tapissent dans cette famille où les enfants naissent systématiquement par deux, où les pères surinent les mères en couches, où les fils suivent les pères en prison pour avoir participé à leurs forfaits.
Ajoutez un château à demi-ruiné (ce qui ne manque pas dans la région), une crypte qui rassemble les cercueils des membres de la famille, des Anglais fort civils, des gendarmes légèrement à la masse, la Lède en crue à la suite de pluies diluviennes, des ombres furtives et des communications paranormales....
Passé le seuil où le lecteur admet qu'il est tombé dans un scénario de film fantastique, il peut lire à toute vitesse et jusqu'au bout l'histoire abracadabrantesque de cette fratrie maudite. Ce n'est pas mal écrit, dans le style fluide et rapide des polars d'aujourd'hui. Cependant, pas aussi "fouillé" que du Fred Vargas encore que les hallucinations auditives des personnages me rappellent bien les "visions" d'Adamsberg...L'auteure devrait se lancer dans les scénarios de séries TV fantastiques du style "Ghost wisperers", elle jouit d'une imagination à couper le souffle.
A la fin, après encore quelques cadavres, tout finit bien, sauf pour la mémé, bien jeune pour passer l'arme à gauche, mais dont on sent qu'elle se tient toujours là, près de l'épaule de sa petite fille Lilas.
Bonsoir mémé, roman par Muriel TOURBE, 236 p. 16€ aux Editions D3 de Beyrines (à Villeneuve sur Lot)...pas encore distribué par Amazon....

20 octobre 2009
La Mondaine, histoire et archives
Voilà un livre qui va faire un tabac pour les fêtes de Noël, mais qui n'est pas à laisser en libre accès dans votre bibliothèque si vous avez des enfants à la maison.
A travers une étude historique classique et très documentée (plus de 1500 fac-similés et photos), Véronique Willemin retrace l'histoire des différentes polices chargées, de Philippe Auguste à la Vème République, de surveiller les débordements sexuels des français, et surtout aujourd'hui, de combattre le proxénétisme.
De la triste maison d'abattage du quartier de la Goutte d'Or aux clandés de luxe continuant à prospérer après la fermetures "maisons closes" de par la Loi Marthe Richard, en passant par les très riches heures des maisons de luxe de l'entre-deux-guerres et de l'occupation - One Two Two, Sphynx, Chabanais - c'est une revue méticuleuse et objective des pratiques de la prostitution sous tous ses aspects, et surtout les plus sordides.
Les "Julots-casse-croute" en chaussure bicolore et chapeaux mous ont cédé le pas à des dames replètes, ex-tapineuses reconverties dans le sex-buziness qui travaillent maintenant sur Internet et font marcher au pas des dizaines de filles, étrangères pour la plupart... Filles de l'est amenées par camion, Brésiliennes (souvent en fait des brésiliens transexuels), ghanéennes ou sierra-léonnaises terrorisées par les pratiques de vaudou et surveillées par les "mamas" qui les menacent de torturer à distance leurs mères ou leurs soeurs restées au pays si elles parlent ou se rebiffent et qui, malgré la cruauté de leur conditions d'existence, se déclarent pourtant mieux ici que chez elles....
Le livre de Véronique Willemin est surtout une extraordinaire plongée dans les archives des services successifs chargés du renseignement (Qui couche avec qui, comment, quelles pratiques déviantes), avec toutes les turpitudes que cela suppose de la part des services de police spécialisés, une série de témoignages "bruts de décoffrage" d'anciens chefs de la brigade, mais aussi d'anciens entrepreneurs d'hyper-marché du sexe, de tenanciers de bars...Les rapports étaient effectués sur des "blancs", feuillets sans en-tête administrative, qui allaient s'entasser dans le grand coffre du Patron de la Brigade, lui seul en détenant la clef.
On peut regretter que le livre n'ait pour plan que la chronologie et pas de structuration autour de thèmes. Pas de prise de position non plus, sur l'opportunité de légiférer autrement, réouvrir les maisons ou pas....Là n'est pas le propos d'un ouvrage de chercheur. Mais qui ouvre les yeux sur bien des réalités noires....
La Mondaine, par Véronique Willemin, 325 p. 30€, Editions Hoëbeke.

19 octobre 2009
Rose et Noir, film de Gérard Jugnot
Gérard Jugnot manie les bons sentiments comme d'autres la plume...Après "Monsieur Batignolles" et la bêtise pathétique de l'anti-sémitisme, voici "Rose et Noir", où il s'agit de fustiger l'intolérance religieuse et sociale, et en particulier l'homophobie.
L'humour est caustique, les solutions outrées - encore que...- le scénario rapide et bien ficelé...On passe une bonne soirée mais le réquisitoire contre l'imbécillité et les intégrismes n'est valable que transposé de nos jours, où ces deux attitudes sont encore largement partagées.
C'est un film po-pu-lai-re, qui vise une cible particulièrement sensible à l'intolérance, avec des arguments sans doute un peu faibles pour faire évoluer les mentalités, mais Jugnot apporte sa petite pierre. Sa tirade sur la solitude est émouvante.
Bien entendu, on a toujours en mémoire "La folie des grandeurs" mais Bernard Le Coq n'a pas la stature de Montand....ni Jugnot celle de Louis de Funès. Il n'y aura pas de réplique culte, mais la référence est évidente. On se souvent aussi des films où Jean Marais incarnait Le Capitant, ou Le Bossu chevauchant sur la Meseta....
Les décors, les costumes, les acteurs espagnols sont justes. Une mention aussi pour de jeunes acteurs encore inconnus comme Assaad Bouab, aussi beau en faux blond qu'en vrai Arabe, Saïda Jawad dans le rôle d'Amalia et compagne de Gérard Jugnot dans la vie, et le tout jeune Raphaël Boshart. A voir en famille (comme le film a été fait puisque le fils de Gérard joue le rôle du roi Henri III) sans modération, car il n'est jamais trop tôt pour aborder certains sujets avec des enfants et leur inculquer la tolérance. Une mention aussi pour la dernière image du film, pour montrer combien les façons de voir évoluent avec le temps.

18 octobre 2009
Mission-G, film d'animation de Hoyt Yeatman
Encore une fructueuse collaboration entre les studios Disney et Jerry Bruckheimer : G-Force (pourquoi la stupide traduction ?), vu hier en compagnie de deux experts : Jean-Baptiste et Camille.
Tout d'abord, il s'agit d'un film en 3D, à voir avec les lunettes idoines. Au début, c'est un peu agaçant, mais les effets spéciaux qui vous traversent la tête valent le coup. Le spectateur est au milieu de l'action, et là, il n'est pas volé...encore qu'un supplément de 3,20€ par place ne met pas le spectacle à la portée de toutes les bourses...
Hors donc, nous voici dotés d'une équipe de super-cochons d'Inde, hyper-entraînés et sachant manier aussi bien l'informatique que les explosifs, les arts martiaux et toute la panoplie de gadgets à la James Bond, référence incontournable.
Leur mission est de déjouer un plan diabolique ourdi par un industriel qui a inondé la planète de ses appareils (en particulier des machines à café, mais il n'y a pas d'apparition de George Clooney) à l'intérieur desquels se niche une puce perverse, qu'il s'apprête à activer pour contrôler l'univers à son exclusif profit.
Toute allusion à Microsoft est bien entendu complètement fortuite et mal venue.....
Mais voilà, au sein de cette organisation, au sein même des équipes de "bons", il y a une "taupe".....qui poursuit, elle, d'autres buts très personnels, et encore plus destructeurs. Bref, nos agents spéciaux à quatre pattes vont s'efforcer de sauver le monde dans un délai très limité (vous savez, le coup de la bombe sale avec un décompte en secondes qui décrémente, décrémente.....).
Je n'oublie pas non plus le rôle important joué par Moutch, la mouche-drône, et les cafards apprivoisés.....
Comme dans toute série américaine - et Jerry Bruckheimer est orfèvre en la matière - nous retrouvons deux faux frères rouquins, dont le chef d'équipe est très fort, Darwin, une belle hispanique - Juarez, un afro-américain - Blaster, plus le traitre - Speckles (incarné par Steve Buscemi en version originale).
Car le charme du mixage entre des images de synthèse parfaitement animées et les acteurs de chair et d'os, opère aussi en version française avec les voix que nous reconnaissons tous : Darwin, c'est Patrick Poivey, inimitable voix gouailleuse de Bruce Willis, Blaster est Mel Hondo, la voix française d'Eddy Murphy (et de l'âne de Schreck...), quant à Juarez, c'est la voix de Julia Roberts ou Mélina Kanakaredès. J'ai cru entendre aussi la voix de Clovis Cornillac (Happy Feet). Donc, un bon moment pour les enfants, et une lecture à double étage pour les grands aussi, et surtout de la belle ouvrage en effets spéciaux

14 octobre 2009
Le somptueux trousseau de la Reine d'Italie
Il est des jours où redevenir une petite fille est particulièrement agréable....Surtout pour aller admirer des robes de Princesse, des vraies !
Sur la suggestion de Popeline, après un délicieux déjeuner avec un ami, j'ai visité l'exposition qui présente le trousseau de mariage de la reine Marie-José de Savoie, sous les ors de l'hôtel particulier très parisien de l'avenue de New-York qui sert de siège à la Mona Bismarck Foundation.
La beauté de cette jeune femme (1906-2001) irradie. Les tenues commandées par son futur époux à l'occasion de son mariage (en 1930) avec le futur roi d'Italie Humbert font l'objet d'un concours : on ne sélectionnera que les ateliers italiens qui rivalisent d'habileté et de finesse. Brocarts rebrodés d'or et d'argent, souples soieries taillées en subtiles découpes pour mouler un corps de rêve, satins flous en délicates couleurs pastel, manteaux de cour retenus (comment ?) aux épaules par de lourds cordons et pompons....Tout y est, précieusement conservé et mis en scène de façon hiératique et actuelle par Hubert de Givenchy et son complice Philippe Venet. Des tiares, des bijoux de fantaisie actuels complètent les modèles, qui marchent comme à un défilé de mode hors du temps et hors du commun, dans une énigmatique pénombre et se reflétant dans les larges miroirs disposés sur les côtés et au plafond.
Car ces tenues d'apparat, dont l'inspiration vient sans conteste de modèles parisiens (le style Madeleine Vionnet *est perceptible), pourraient être portés aujourd'hui, même - et peut-être surtout - parce qu'ils expriment la beauté de leur époque. La beauté va au-delà de l'éphémère. Pour ma part, j'ai "craqué" devant un "simple" manteau de cour pour dame d'honneur, en velours bleu profond soutaché d'une bande brodée d'or et d'argent au motif de noeud Perpétuel. La robe de velours de soie violet m'a aussi beaucoup émue.
A regarder de près aussi, la biographie esquissée de cette femme svelte, généreuse, intelligente, très distanciée du régime mussolinien, sportive et musicienne, élevée dès l'enfance pour devenir reine, et qui le fut, avec son mari, exactement 24 jours, du 9 mai au 2 juin 1946, entre l'abdication du roi Victoor Emmanuel III et l'instauration de la république italienne par plébiscite.
On la voit dans ses différentes activités, en inspectrice de la Croix-Rouge, en escalade, en pantalon et chech...avec ses quatre enfants dont l'héritier du trône, le prince Victor-Emmanuel, père de l'actuel chef de la Maison de Savoie, Emmanuel-Philibert..vous savez, le mari de Clotilde Courau.
Ce qui me fait penser que notre actrice-princesse favorite pourrait fort bien incarner à l'écran un biopic de la Reine de Mai : elle en a l'élégance, la silhouette...Le merveilleux voile de dentelle de Malines de la cérémonie lui siérait parfaitement....
A noter : à ce trousseau manque une pièce notoire : la robe de mariée. Selon l'antique tradition en effet, la robe fut retaillée en huit nappes d'autel. Une façon de faire de la récup, tout comme moi.
Mona Bismarck Foundation, 34 avenue de New-York Paris 16°, ouvert tous les jours sauf le lundi. Entrée gratuite.
Juste pour mémoire, une robe signée Madeleine Vionnet, inspiratrice des plus grands couturiers d'aujourd'hui, d'Azzedine Alaïa à Karl lagerfeld en pasant par John Galliano, ci-dessous :

12 octobre 2009
Exit le fantôme, roman de Philip Roth
La critique de Claude :
On ne peut
pas écrire une note critique sur un roman de Philip Roth, parce qu’il le
supporte difficilement, et qu’il a gagné le droit de ne pas être harcelé.
Ainsi écrit-il : "Dès que l'on entre dans
les simplifications idéologiques et dans le réductionnisme biographique du
journalisme, l'essence de l'oeuvre d'art disparaît ».
Mais sur un blog de service, on peut dire aux lecteurs : « toutes lectures cessantes, lisez Exit le fantôme » !
Bien sûr, cher lecteur, si, comme moi, tu as dépassé la soixantaine, c’est une découverte éprouvante. Les personnages tentent sans succès d’échapper au cancer et à Alzheimer, qui guettent dans les beaux appartements de l’Upper East Side comme dans les logements miteux de la Première avenue, et qui n’épargnent pas les grands écrivains, qui se découvrent « semblables à tout le monde ».
Je ne vous donne
pas les détails, pour ne pas gâcher vos nuits, mais ils sont ici exposés avec
une cruauté que je n’avais encore vue nulle part. Le sujet du livre est la
création, bien sûr, mais il est bel et bien submergé par l’angoisse, que le
héros solitaire ne partage avec personne. C’est un livre superbe, ne le laissez
pas passer, et si vous ne l’avez pas lu, ouvrez aussi « La tache »
(Gallimard 2002), qui vous laissera une impression inoubliable.
327 p., traduit par Marie Claire Pasquier, Gallimard, 21€










