17 juillet 2009
Orelsan contre Jacques Audiard
J'essaie de prendre du recul. Comme tout le monde, j'ai été saisie de
la polémique initiée par Ségolène Royal autour de l'ignominieuse
chanson "Sale pute" du rappeur normand Orelsan.
Ce texte suggère deux images insupportables (je traduis en français compréhensible) : "tu verras la tête que tu feras en essayant de sucer avec une mâchoire fracassée" et "je souhaite que tu tombes enceinte et je t'éventrerai à l'Opinel". Le reste à l'avenant, violence gratuite et expression crue du dépit comme de la misère sexuelle et sociale de certains jeunes loosers irrécupérables....
Pour ma part, j'estime que ce "coup de pub" que s'est fait Ségolène
Royal en suggérant, menace de suppression de subvention à l'appui, la
déprogrammation de l'"artiste" du festival des Francofolies, a
largement sorti de l'ombre un auteur qui aurait dû y rester
éternellement. (à part ça, mais cela m'est complètement personnel, quand je regarde Jean-Louis Foulquier, je ressens une immense vague de ringardise...)
D'autre part, je trouve les réactions des politiques fustigeant l'atteinte à la liberté artistique et à la censure totalement excessives. En un mot, ce texte ne mérite "ni cet excès d'honneur (référence à Rimbaud) ni cette indignité". En tous cas, le buzz fait autour de cet infâme "machin" génère une publicité gratuite à Orelsan que nul attaché de presse si talentueux soit-il n'aurait imaginé, au coeur de cet été vide d'actualité.
Certes, la violence et l'horreur sont répréhensibles, mais s'agit-il d'une incitation au premier degré ? Et à l'inverse, s'agit-il d'art ? L'émergence de ce texte - archi-mauvais par ailleurs et je ne parle pas de la "musique" archi-nulle qui l'accompagne - ne nous permet-elle pas de prendre conscience de l'état d'esprit d'une part infime - mais au combien dangereuse - de notre jeunesse totalement désocialisée, qui n'a que la violence extrème pour tenter de communiquer son désarroi ?
Se faire
plaquer, la belle affaire ! Mais chaque jour, nous voyons des hommes
perdus commettre des crimes simplement parce que leur femme les a
quittés...et sans doute avait-elle des raisons pour cela : violence quotidienne, justement, manque d'égards, pauvreté intellectuelle, manque d'amour tout simplement... Ils
considèrent leur compagne comme leur chose, un bien patrimonial comme
une bagnole, un portable, ....un Kleenex.....un objet éminemment
personnel et non doué de faculté de penser individuelle ;
la violence conjugale, c'est tous les jours, dans tous les milieux (comme hélas l'inceste), à
travers toutes les origines ethniques ou culturelles.
A contrario, un film
publicitaire comme celui de Jacques Audiard - "La Voix" (à voir ICI) - est tout à
fait symptomatique de cette violence là, qui commence par les mots,
l'insinuation, l'emprise psychologique...Voilà qui fait réflèchir ! (du moins c'est à espérer), voilà de l'art....même si c'est une oeuvre de commande !
Interdire Orelsan ? Mais alors, il faut déprogrammer aussi les séries américaines telles "Esprits criminels" ou "Les Experts" qui passent chaque soir en prime time !
Que cette polémique initiée à des fins personnelles et politiques (de quelque côté que l'on se place) fasse prendre conscience à tous que le tabou des violences conjugales doit être collectivement levé, c'est finalement bon signe. Mais, de grâce, n'accordons pas à "Sale pute" (en interdisant la chanson, ce qui serait la pire des choses) le statut de "texte martyr" comme jadis une certaine chanson de Boris Vian (mais lui, il avait du génie) qui la ferait inscrire à la postérité ! A moins que les Inrockuptibles ne soient dans le vrai en nous présentant le jeune auteur comme plein d'avenir...Mais cela, c'est justement l'avenir qui nous le dira, et alors, sa chanson restera classée dans "l'Enfer" des chansons indiffusables.

16 juin 2009
Réflexions autour de l'âge de la retaite
Coup de flash sur Henri Chapier....qui continue à charmer avec sa voix de velours - la voix ne vieillit pas - à 76 ans passés (cf. son livre, et la promotion qu'il en faisait ce matin sur Europe 1).
La polémique ressurgit, elle servira de toile de fond de campagne de 2012, et bien naïfs ceux qui enterrent encore la tête dans le sable. Bien évidemment, on ne pourra pas continuer à nourrir à ne rien faire pendant quarante ans des salariés qui n'auront cotisé que trente annuités après avoir accumulé des années d'études totalement improductives ! Tout le monde peut comprendre que les solutions sont archi-simples : pour équilibrer le système de la répartition, il faut soit augmenter les cotisations de ceux qui travaillent (mais actuellement, le taquet supérieur semble avoir été atteint), soit diminuer les pensions servies, soit augmenter la durée des cotisations, substantiellement. Et pourquoi pas les trois moyens à la fois ?
Courage, Fillon ! De toutes façons, les gros bataillons des babyboomers seront déjà en retraite en 2012, donc ils pourront voter des mesures restrictives sans broncher....
L'objection arrive immédiatement : on ne peut efficacement augmenter l'âge légal de départ à la retraite quand les entreprises licencient à moins de 60 ans !
Eh oui, les entreprises licencient les salariés qui coûtent trop cher et qui ne "rendent" pas assez. Parmi ceux-ci, il arrive souvent que les plus vieux soient visés en priorité. Moins malléables, moins performants (voire !), et surtout dans leur grande majorité d'accord pour partir avant l'heure avec 75% du salaire net (pendant leur période de chômage) et des cotisations virtuelles gratuites jusqu'à l'âge où ils pourront "prendre la retraite à taux plein".....
On a tout essayé pour éviter le phénomène. On avait même institué une pénalité croissante avec l'âge pour dissuader les entreprises de procéder à ces licenciements. Cette pénalité (la Contribution Delalande) n'a dissuadé personne, surtout lorsque les salariés sont demandeurs. Car souvent, ils ne sont plus intéressés par leur travail, rien ne les retient.
Reculer l'âge légal de la retraite à taux plein n'implique pas que tout le monde doive travailler jusqu'à 67 ans ! Cela signifie simplement que chacun choisit de partir selon le niveau de la pension qui lui parait suffisant pour ses besoins. Si certaines personnes veulent partir à 60 ans et acceptent un abattement significatif sur la pension, elles le pourront toujours. Si d'autres considèrent qu'elles n'ont pas assez, et en particulier les couples recomposés ayant eu des enfants sur le tard, elles continueront. Reste à résoudre le cas des salariés ayant exercé des postes physiquement pénibles. On nous sort le cas des pompiers...pourquoi pas celui des danseurs étoile de l'Opéra de Paris pour lesquels la retraite se situe à 45 ans...Certes, il faut y réflechir. Mais ne laissons pas accaparer le débat par des situations particulières. Quel est le pourcentage de salariés du secteur tertiaire et de la partie purement administrative de la fonction publique ?
Le choix d'un départ précoce est souvent le fruit d'une soif de liberté. regardez madame Dutier (plus de 80 printemps, ici avec sa fille), commerçante au marché de Fumel. Elle travaille toujours !
A partir d'un certain moment cependant, on n'a plus rien à se prouver et on ne supporte plus tellement d'être managé par d'autres....pas forcément aussi compétents. Et pour obéir, dans le système français de La logique de l'honneur (voir le merveilleux ouvrage de Philippe d'Iribarne), il faut admirer.
Moi, j'ai choisi de partir (à 60 ans passés, ce qui est un privilège) à la fois parce que mes besoins sont relativement simples, que j'avais le nombre d'annuités nécessaires et parce que je ne souhaitais plus obéir à ma hiérarchie. Si j'avais été indépendante, j'aurais continué !
La question de l'âge du départ en retraite est donc profondément correlée avec le statut de salarié, qui implique la soumission. Et si le salariat n'était qu'une situation transitoire au regard de la longue période (comme aurait dit F. Braudel), un passage obligé dû à la révolution industrielle ? Demain, n'aurons-nous pas plutôt tendance à développer des activités individuelles de prestations de services, une logique de contrat et non plus d'asservissement ?
La question du départ en retraite sera alors envisagée autrement. Mais il faudra mettre en place un autre système de cotisations assurant la solidarité des uns et des autres. Un système obligatoire basé aussi sur la répartition, ou la solidarité entre les générations, puisqu'aujourd'hui, la crise financière aidant, plus personne n'évoque la capitalisation.
Ne rêvons pas. Mais interrogeons-nous sur les dispositions à prendre pour redonner le goût du travail aux plus de 50 ans, sans leur faire sentir chaque jour qu'ils pèsent sur le compte d'exploitation. Il faudra être imaginatifs, tant le tropisme "videz les vieux" est fort. Une question de regard, de culture. C'est pas gagné !

08 juin 2009
Lendemain de soirée électorale.....
A l'heure où tout le monde y va de son petit commentaire, je ne vois pas pourquoi je me priverais.....Il tient en quelques mots : Dieu merci, notre Assemblée Nationale est élue au scrutin majoritaire.
Face à un scrutin sans enjeu - ou du moins c'est ce que la plupart des citoyens ont cru - chacun y va de sa petite formation politique, en se disant que dans ce système, la tête de liste a une chance d'être élue....
Mais imaginons que le résultat d'hier soir soit transposable à la formation d'un gouvernement ? Tout le monde est "contre", contre la Droite, contre les copains d'extrême gauche (Combien de divisions ?), contre Aubry, contre Sarkozy, contre les Verts d'une autre obédience.....Mais un programme pour gérer nos sociétés modernes ? Ils ne sont pas au rendez-vous pour la plupart de ces groupements hétéroclites. N'est-ce pas là la clé de la désaffection des jeunes électeurs ?
Ce matin, tout le monde accuse tout le monde d'avoir bénéficié d'un coup de pouce déloyal : Home aurait boosté les écolos, le 6 juin et Obama, l'UMP....Je reste dubitative, la tendance droitière est quasi générale en Europe face aux réalités de la crise économique.
Ce que je vois, c'est qu'une minorité de Français responsables se sont déplacés à leur bureau de vote, ont clairement montré leur rejet de certaines formations partisanes ne correspondant plus à leurs attentes - d'où le succès d'un dynamiteur de choc (et sans doute salutaire) comme Daniel Cohn-Bendit - ont marqué leur agacement de stratégies individuelles uniquement axées sur le scrutin présidentiel qui n'est pas encore à l'ordre du jour....
Comme dit Martine Aubry, "chacun doit s'interroger sur ses propres comportements...." et ceux qui s'intéressent à la chose publique devraient vraiment écarter de leurs rangs certaines figures foncièrement négatives, à droite comme à gauche, et laisser les jeunes prendre la direction des opérations.
Il ne manque pas de femmes et d'hommes de talent.....

06 juin 2009
Home, le film de Yann Arthus-Bertrand
Désolée, je ne suis pas convaincue !
Qu'il faille stopper un certain nombre de dérives productivistes, alerter les générations futures - et actuelles - sur l'urgence à modifier nos comportements vis à vis du réchauffement climatique, bien entendu, tout le monde est d'accord. Mais, au-delà de belles images et d'une jolie musique, le film catégorisé a priori comme événement me laisse un mauvais gout de fourre-tout, de "qui trop embrasse mal étreint", de simili cours de sciences nat comme à l'école (j'avais horreur des sciences nat !).
Moi, ce qui me fascine, c'est l'oeuvre des hommes : les cathédrales, les barrages, la peinture et la sculpture, les découvertes mathématiques....
Savoir que la population du monde a doublé m'indique qu'une proportion phénoménale d'hommes ont eu l'opportunité de déployer leurs talents au service de leurs semblables. J'ai confiance. Nous avons fait de fameux dégâts mais je ne pense pas qu'une décennie puisse inverser la tendance. C'est évident, pour nous économies développées, nous portons une lourde responsabilité et une ardente obligation. Mais, de quel droit viendrions-nous contrecarrer le développement de pays émergents comme l'Inde ou la Chine en leur disant : "Nous, nous avons fait notre révolution industrielle et avons perturbé les équilibres naturels, alors vous, là, maintenant, il faut stopper de vous industrialiser....."?
Il va falloir assumer tous ensemble, évaluer sans idéologie la part de responsabilité de l'activité humaine dans cette agression de la nature - d'autres périodes de réchauffement ont affecté la planète dans les ères précédentes, n'est-ce pas Monsieur Allègre ? - prendre les mesures coercitives sur l'utilisation du pétrole et de la voiture : comme à Singapour où une taxe double le prix de revient des voitures, où pour y échapper, on a une plaque d'immatriculation rouge car on a le droit de circuler seulement de 18h à 6h le matin et le week-end, où on a instauré le péage urbain (ERP). Installer des champs entiers de paysages remplis d'éoliennes et installé des fermes solaires partout.....
En réalité, nous ne sommes pas prêts. Nous voulons tout et son contraire, et surtout pas se priver de nos vacances aux maldives pour se reposer du stress de la société post-industrielle.
Donc, de jolies images - dont certaines déjà vues et revues - un commentaire pas clair pour deux sous et dit d'une voix blanche (j'aurais préféré Pierre Arditi, c'est un photographe talentueux, Yann, mais il n'est pas comédien malgré sa belle gueule), une opération de pub mondiale bien orchestrée pour le Groupe PPR....OK ! Mais ne tombons pas dans le panneau.
NB : Quelle pub pour les listes écologiques !

01 mai 2009
Pierre ETAIX, clown et réalisateur bloqué
Aujourd'hui, 1er mai, c'est le jour où il faut manifester, revendiquer...
Parmi les cinéastes qui ont charmé notre jeunesse, Pierre ETAIX a réalisé, en collaboration avec Jean-Claude CARRIERE, cinq longs métrages d'anthologie : Le Soupirant (1962), Yoyo (1964), Tant qu'on a la santé (1965), le Grand amour (1968) et Pays de cocagne.
Gagman, dessinateur, clown (avec son épouse Annie Fratellini, récemment disparue), acteur et réalisateur, Pierre Etaix s'inscrit dans la ligne de Buster Keaton et Jacques Tati avec lequel il a collaboré sur "Mon Oncle". Une passion réciproque l'anime pour Jerry Lewis.
Pour d'obscures raisons juridiques, nul ne peut voir ses films - ni les restaurer comme cela a été fait pour Yoyo en 2007 - alors que leur auteur, Pierre ETAIX, est prêt à remonter sur les planches à plus de 80 ans. Il faut sortir de cet imbroglio, trouver un mécène influent peut-être...et vite.
Je vous propose de vous joindre à Woody Allen, Guy Béart, Arturo Brachetti, Cabu, Eugène Chaplin,
Leslie Caron, Jérôme Deschamps, Franck Margerin, Daniel Mesguich,
Michel Gondry, Mathieu et Peter Kassovitz, Macha
Makeïeff, Julia Migenes, Claude Rich, Shirley et Dino, Pierre
Schoendoerfer ainsi que des centaines d'artistes et de cinéphiles,
pour manifester votre indignation et votre soutien à Pierre Etaix
en signant la pétition en ligne accessible ICI.
Bien sur, je vous parle d'un temps que les moins de quarante ans ne peuvent pas connaitre...mais nous devons faire un geste, avant le 10 mai où la pétition sera remise au Ministère de la Culture. Sera-ce suffisant ? Je ne sais pas franchement à quoi aboutissent ces actions collectives, mais j'aurais au moins essayé.
Et je remercie la délicieuse bloggeuse amatrice de jazz qui m'a fait connaitre cette situation. Je veux revoir Yoyo et Le soupirant, avant de mourir !

28 avril 2009
Pas gonflés !
Parmi les innombrables spams reçus chaque jour, celui-ci ne manque pas de sel :
Planetanoo propose un jeu-concours doté d'une semaine de séjour....au Mexique !
Je ne sais pas s'ils fournissent le Tamiflu avec, mais tout de même....

01 avril 2009
Une oeuvre d'ar...bre ?
Vu hier à 15 heures sur la place du Panthéon, sous un soleil éclatant : des "installations" devant la mairie de Monsieur Tibéri, et puis plus loin, des poubelles débordantes de détritus. Que font Jean et Xavière ? Et il ne convient pas d'incriminer les étudiants de la fac de droit : toutes les poubelles du quartier étaient ainsi laissées à l'abandon.


Un si joli site touristique ! Mieux vaut fermer le ban, tout en admirant les motifs ouvragés de la grille.
Quelle pitié dans une des villes les plus belles au monde.

Revoir les films de Pierre ETAIX
Aujourd'hui 1er mai, c'est mon jour de revendication à moi aussi.
Le hasard d'une délicieuse rencontre - en chair et en os - avec une bloggeuse de ma génération passionnée de jazz (entre autres) m'a appris que ce clown, comédien et réalisateur sensible et extraordinaire, était désormais dans l'impossibilité juridique de donner à voir et à restaurer les cinq longs-métrages qu'il a réalisés, dont une grande partie avec Jean-Claude Carrière.
Je vous parle d'un temps que les moins de......ans ne peuvent pas connaitre dit la chanson d'Aznavour ! Au Japon, ces auteurs seraient considéré comme des trésors nationaux. Aujourd'hui, qui se souvient de Pierre Etaix, de son épouse Annie Fratellini ?
Une pétition adressée au Ministère de la Culture circule pour faire en sorte que ces films soient délivrés de leur château de la Belle au bois normand. Je l'ai bien entendu signée, vous pouvez le faire aussi : elle doit être bouclée avant le 10 mai. Il vous suffit de cliquer ICI.

26 mars 2009
Pas de printemps pour les grands magasins
Hier après-midi au Bon Marché pour les 4 TBM, parmi les "bourges", ce matin aux Galeries Lafayette Montparnasse, beaucoup moins "classe" pour les 3J : même constat !
Ce n'est pas la foule qui encombre les allées. Dé - pri - mant.
Malgré des remises alléchantes...mais sur des prix qui ne correspondent plus du tout à la réalité.
Aussi, en dehors des périodes de soldes, pourquoi des marges assi décourageantes ? Le consommateur a l'impression que s'il paie le prix normal, il se fait arnaquer. Il y a quelquechose qui ne fonctionne plus dans le circuit des grands magasins, à l'heure de la crise et des achats sur internet. Et je n'ai pas l'impression que les professionnels en aient conscience, ce qui risque de nous conduire à des révisions déchirantes, avec des catastrophes à court terme sur le niveau de l'emploi.
J'ai tout de même gagné 30% sur des produits de maquillage L'Oréal. Je change aussi de style de consommation : adieu les marques prestigieuses type Chanel, Clarins ou Sisheïdo, bonjour les produits "grand public", ceux qu'on voit à la télé. Après tout, c'est pas la griffe mais le résultat qui compte !
En dehors du temps pourri d'aujourd'hui, les arbres fleurissent au Luxembourg : un vrai festival. Cela doit commencer à éclore aussi au Clafour, vivement début avril !

04 février 2009
Laissez-les vivre !
La violente contreverse qui secoue la famille Uderzo, très semblable au conflit qui oppose Liliane Bettencourt à sa fille me bouleverse. Et se sais parfaitement de quoi je parle, je sais quels chagrins de tels conflits familiaux perturbent, empoisonnent les dernières années de certaines personnes rendues vulnérables par le grand âge, mais pas forcément insensées pour autant.
Voilà un homme - Albert UDERZO - qui a créé du plaisir et de la valeur en travaillant toute sa vie, notamment avec son compère René Goscinny - co-auteur du mythe national Astérix le Gaulois, qui réfléchit au devenir de son héros et qui décide que celui-ci le dépasse. Bref, il est favorable qu'à l'instar de Lucky Luke ou Blake et Mortimer, d'autres scénaristes et graphistes puissent prolonger après sa mort le succès de ses personnages. Rappelons que la série Astérix représente 30 titres, traduits en 40 langues, tirés à 250 millions d'exemplaires, sans oublier les films d'animation et les films de long métrage...que l'on peut plus ou moins apprécier, mais tout de même : respect !
Albert Uderzo est aussi le créateur - entre autres personnages - de Tanguy et Laverdure (avec Charlier), Oumpa-pah (là, seuls les vieux comme moi en ont le souvenir) a collaboré à la bande dessinée verticale qui encadrait la dernière page de France-Soir dans les années cinquante : "Le crime ne paie pas" de Paul Gordeaux et Jean Bellus, juste à côté des "Potins de la commère" de Carmen Tessier. Là me vient une bouffée de nostalgie....
Un homme qui ne doit rien à personne, et surtout pas à sa fille, "menée par le bout du nez par son mari" excuse-t-il. A 82 ans, il met en ordre ses affaires, prépare l'avenir, ne souhaite pas que les planches originales de ses célèbres dessins finissent à l'encan et envisage de les déposer à la Bibliothèque Nationale. Pour un fils d'immigré dont la famille n'a obtenu la naturalisation qu'en 1934, c'est un sacré pied de nez, non ?
Mais cela ne plait pas du tout à sa fille, qui souhaiterait qu'il meure plus vite et ne "dilapide" pas le patrimoine familial dans l'intervalle. Uderzo la soupçonne de chercher à le mettre sous curatelle. Mais il en fait ce qu'il veut, de son oeuvre ! (même combat que la femme la plus riche de France, Liliane Bettencourt, n'en déplaise là encore à sa fille, pourtant déjà richement dotée).
L'argent fait tourner les têtes, rend les humains cupides et assèche leur coeur. Cela arrive dans n'importe quelle famille, des plus riches aux gens tout à fait normaux. Mais laissons donc leur liberté aux hommes (et aux femmes) même lorsqu'ils vieillissent, quoi qu'il leur passe par la tête, tant qu'ils ne spolient personne ou ne se font pas honteusement exploiter.
En matière de dons manuels ou de dispositions testamentaires, tout est affaire de proportionnalité avec le patrimoine et largement encadré par la loi. L'héritage est un devoir sacré, certes, mais le droit de propriété ne l'est pas moins (qui implique l'"usus" ou faculté d'utiliser et l'"abusus", faculté de détruire ce qui vous appartient).
A partir du moment où les devoirs essentiels d'amour et d'éducation des enfants ont été accomplis, il convient tout de même d'attendre la mort du pélerin avant de le dépouiller.














