Canalblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Bigmammy en ligne
Bigmammy en ligne
Newsletter
Derniers commentaires
Archives
4 février 2023

La guerre du sergent-chef MENS - épisode 5

PG Mens

Rapport du sergent-chef MENS Jean de la 10° Compagnie du PREMIER REGIMENT DE ZOUAVES. (suite et fin)

Episode 5 : Evasions

Le 5 décembre, après une préparation minutieuse, je m’évade en compagnie de Joseph Chieli, originaire de Nice. Nous prenons le rapide en gare de Brême à 9h 26. Nous arrivons à Aix-la Chapelle vers 16 heures.

De là, nous gagnons les champs avec l’aide d’une boussole, marchons en direction de l’ouest juqu’à 1h30 du matin, heure à laquelle nous sommes interpellés par la Grenze Polizei qui nous arrête. Nous sommes dirigés sur le camp disciplinaire Arnold Weiler, près de Düren, où nous restons quatre semaines. Le 8 janvier 1942, nous sommes ramenés à Brême dans notre compagnie où nous attendent quinze jours de prison.

Sortis de prison, nous sommes ovationnés par nos camarades car nous sommes les deux premiers du bataillon à avoir tenté la belle, aussi tous les soirs, nous allons faire des conférences au cours desquelles nous diffusons tous les renseignements que nous avons recueillis en cours de route. Nous reprenons le travail pour réparer les dégâts que sont venus faire les Anglais (28 morts, 30 maisons anéanties).

Nous repartons le 3 février, cette fois-ci par petits groupes, selon le premier itinéraire. Dans le passage sous-terrain de la gare d’Aix, avant la sortie, un jeune homme de 25 ans vient vers moi et, me regardant bien dans les yeux, me dit : « Vous êtes Français ».

Méfiant, je le détaille mais voyant à son allure ouvrière et une musette de l’armée belge pendant à son épaule, je réponds « oui ». « Alors, suivez-moi à 10 mètres ». Je fais signe à mon camarade, nous rebroussons chemin, montons dans un train de banlieue. En gare d’Herbesthal, un autre jeune homme discute en patois avec le premier qui descend du train en nous disant de nous fier au nouveau venu. Nous descendons à Birken – halte où aucun billet n’est demandé – nous suivons notre guide qui nous fait entrer dans une maison. Nous apprenons que nous sommes à Mutzen. Nous y sommes hébergés du mardi soir au dimanche où, vers 14h., nous voyons reparaître le premier jeune homme qui tient à s’assurer de notre nationalité française et de notre qualité de prisonniers, preuves que nous établissons.

ligne de démarquation

Le fils de notre hôte nous sert de guide, nous faisons une dizaine de kilomètres par des chemins de terre en évitant les habitations et arrivons dans un immeuble ouvrier où le premier jeune homme nous a devancés. Là, il nous dit : « je vais vous faire passer cette nuit, mais il faut me porter ceci de l’autre côté. » Il me montre une liasse de papiers. C’est un plan de la gare d’Aix avec des indications et un autre de quatre villes principales du Rhin avec nœuds de communication et citernes d’essence. Je remarque de nombreuses annotations en chiffres.

Il me fait comprendre qu’il faut à tout prix réussir, surtout pour ma sécurité personnelle. Je comprends que si je suis pris, je risque le poteau immédiatement, mais cela ne m’effraie pas. Me voyant décidé, il appelle dans une pièce voisine deux jeunes garçons qui, munis d’un bissac chacun rempli de pommes de terre, vont nous servir de guides.

Il est nuit noire lorsque nous partons. Nous marchons péniblement, parfois dans un mètre de neige et, par moments, il faut ramper le long des haies. Vers minuit, nous arrivons dans une ferme isolée aux environs de Disons. (Wallonie) Nous sommes présentés par le guide au fermier qui, s’approchant de moi me dit que je peux lui remettre les plans. Je m’exécute aussitôt et on nous restaure et nous congratule. A midi, le fermier nous procure un billet de chemin de fer pour Paris. Nous allons prendre le rapide à Verviers à 13h20. Nous arrivons à Paris sans encombre, passons trois jours à trouver un moyen de passer la ligne de démarcation dans la nuit du 12 au 13 février.

Nous arrivons à Loches où nous nous présentons aux bureaux militaires dès leur ouverture.

FIN.

(Episode précédent)

(Episode 1)

 

Commentaires
N
Merci ....j'ai adoré lire ce récit , merci de l'avoir partager avec nous !
Répondre
C
Un seul mot .... merci !
Répondre
J
J'ai adoré lire ces mémoires, comme vous avez bien fait de les présenter. Je suis émue de ce récit et je salue le courage de ces hommes. Merci encore.
Répondre