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11 décembre 2021

Charles VI, la folie du roi, biographie par Françoise Autrand

 

Charles-VI

Charles VI (1368 – 1422), 53ème roi de France, fut sacré à l’âge de 12 ans et régna 42 ans.

Après une tutelle collective de ses oncles, il gouverne par lui-même en entrant dans sa 21ème année. Il a épousé Elizabeth de Bavière (rebaptisée Ysabeau) en 1383, qui lui donnera 12 enfants.

La première manifestation de ses troubles mentaux, en forêt du Mans, remonte à 1392. La plus connue est l’épisode du Bal des Ardents en 1393 - dont certains rendent son frère responsable – il fera 43 rechutes en 30 ans, alternant les phases de violence parfois meurtrière à l’abattement et à la prostration la plus totale.

Mais dans ses intervalles de lucidité, il travaille énormément et efficacement, c’est un bel homme robuste, jamais malade, aimant les femmes, adroit aux armes, joueur d’échec, bienveillant et miséricordieux (il pardonnera à son cousin assassin de son frère) et désirant plus que tout la paix. Un secret le mine cependant : une sourde rivalité à l’encontre de son frère cadet, Louis, né en 1372.

Le règne de Charles VI est particulièrement calamiteux. Il se déroule intégralement pendant la guerre de Cent ans (1337 – 1453). La France fait face à de multiples et simultanées catastrophes : la guerre contre l’Angleterre dont les rois successifs revendiquent la couronne de France et qui occupent la Guyenne, les révoltes récurrentes contre l’impôt (les Maillotins, les Cabochiens …), l’oligarchie du patriciat urbain, les percepteurs et les Juifs, les ravages des bandes de Routiers qui dévastent les campagnes, le grand schisme de l’Eglise tiraillée entre deux papes (l’un à Avignon soutenu par le roi de France, l’autre à Rome), la pénurie de monnaie qui ralentit les affaires.

La thèse de l’auteure, qui fait toujours référence sur cette période, souligne la naissance du concept moderne d’Etat centralisé, seul capable de décider, répartir, lever l’impôt. Point d’argent, point d’armée.

 

Charles_VI_of_France

Mais c’est une époque terrible. Tout le monde s’oppose : les Princes qui ne rêvent que de revenir aux antiques coutumes chevaleresques (en particulier le plus nanti de tous, le duc de Bourgogne), et les conseillers du roi – les Marmousets – sorte de technocrates avant la lettre. Les deux factions vont tour à tour prendre le dessus et exterminer les soutiens des vaincus à leur retour au pouvoir.

Le facteur déclenchant est l’assassinat en 1407 de Louis d’Orléans, le jeune frère de Charles accusé de vouloir prendre sa place, à l’initiative de Philippe le Hardi, duc de Bourgogne – qui la voulait aussi et qui avoue son crime !

C’est le début de la guerre civile opposant les Armagnacs (dont Louis d’Orléans, précurseur des princes de la Renaissance, était le chef) et les Bourguignons. Le cycle sera bouclé en 1419 par le meurtre de Jean sans Peur, fils de Philippe le hardi, sur le pont de Montereau.

Après la défaite d’Azincourt (1415), la France sera écrasée par l’Angleterre et passera sous la coupe d’Henri V après le honteux traité de Troyes. A la mort de Charles VI, elle souffrira à son tour d’un schisme puisque deux rois se la disputent : le roi d’Angleterre et de France et le dauphin devenu Charles VII, installé à Bourges, en attente de son sacre sous la protection de Jeanne d’Arc …

L’avantage d’une biographie, c’est qu’elle ne se démode pas.

 

440px-Le_Bal_des_Ardents

Celle-ci fait toujours référence et je me suis passionnée à la lecture de cette épopée sanglante, qui compte bien des points communs avec les travers de nos contemporains : révoltes urbaines contre l'impôt et massacres, heurts de légitimités, réforme de l’Etat (ordonnances successives de 1401, 1405, 1408, 1409, 1410), de l’Eglise, de la Justice, naissance de la politique monétaire, lutte sans merci des partis irréconciliables.

Le royaume se meurt en proie à la guerre anglaise et à la guerre civile … Quelle tristesse ! Mais la France s’est relevée, une fois encore.

Et surtout, cette biographie – très alertement écrite - remet certaines pendules à l’heure, en particulier sur le rôle d’Ysabeau de Bavière et l’incapacité totale de Charles VI, très aimé de son peuple tout au long de sa vie de souffrances, images fortement négatives largement véhiculées par Michelet et ses successeurs.

Mais entre nous, cette histoire ferait un sacré scénario de série en costumes, comme une suite des "Rois Maudits" de Maurice Druon.

 

Charles VI, la folie du roi, biographie par Françoise Autrand, publié en 1986 par Fayard, 647 p., 20€ d’occasion chez un petit libraire de la rue Bréa, 36€ en neuf.

Commentaires
J
Merci pour cette référence bibliographique, excellente suggestion, à l’époque j’avais beaucoup apprécié « Les Rois Maudits ».
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C
Qui pour relever le gant de la somptueuse et ambitieuse fresque historique que vous suggérez ? Oui, les " Rois Maudits " ont marqué leur époque, on en redemande. Il est vrai que la visite des vicissitudes surmontées de notre passé est une revigorante bouffée d'espoir pour les difficultés du présent. Merci du partage Marie-Pierre.
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