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23 mars 2021

L'an 1000, par Valérie Hansen

 

1000

Nous savons aujourd’hui que tout ce que l’on a raconté sur la grande terreur de l’an 1000 fut une légende née au XVIème siècle. Aucun sentiment apocalyptique ne s’est répandu entre 950 et 1050 …  pour la bonne raison que les populations du haut moyen-âge  maîtrisaient mal le (ou les) calendrier(s) …

De la même façon, l’histoire que nous avons apprise était très francocentrée, et tout au moins largement centrée sur l’Europe. Il est donc temps de regarder l'histoire du monde d'un point de vue plus global, comme le fait, par exemple, Pierre Grosser.

L’ouvrage de Valérie Hansen, chercheuse diplômée de Harvard et aujourd’hui enseignante de l’histoire de la Chine à Yale, nous replace l’an 1000 dans une perspective mondiale et nous en montre des aspects totalement inattendus.

Sa thèse est que l’an 1000 se caractérise par une croissance démographique vigoureuse et les débuts de la mondialisation, préexistante aux « grandes découvertes » du XVème siècle et à la découverte de l’Amérique par Christophe Colomb et ses successeurs.

L’an 1000 est, entre autres, l’apogée de l’âge d’or de la culture arabo-musulmane, voit surgir les prémices de l’art roman en Europe, les débuts de la dynastie Song en Chine. Valérie Hansen nous raconte comment les Vikings ont créé des colonies sur la côte est de l’Amérique du nord avant de conquérir les terres des Rus, comment les routes caravanières traversaient de part en part l'Afrique, les relations entre les royaumes d'Asie du sud-est, l'expansion du bouddhisme et de l'hindouisme …

Les Européens n’ont pas inventé la mondialisation. Ils n’ont fait que retoucher et amplifier un phénomène préexistant, qui leur a permis de prendre pied aussi facilement sur autant de territoires. En Asie du Sud-Est, les marins européens n’ont donc pas inauguré les échanges commerciaux à longue distance. Ils ont résolu de contourner les intermédiaires pour éviter de payer des taxes aux dirigeants locaux. En Afrique, ils se sont assuré un accès direct aux sources des marchandises les plus recherchées : l’or et surtout les esclaves ; dans les Moluques : les épices, le bois ; en Chine : la porcelaine, la soie, les métaux.

 

Valérie Hansen

A cette époque, les Chinois sont des consommateurs insatiables et l’industrie chinoise comporte déjà de très grandes entreprises capables de produire en série et en masse des marchandises destinées à l’exportation (rouleaux de soie et céramiques de grand feu). Elle dispose de suffisamment de bras et n’a pas besoin d’esclaves. En revanche elle importe des aromates, en particulier le calambac, base idéale des parfums dont les Chinois font un usage immodéré.

Au XVIème siècle, un nouveau chapitre de l’histoire mondiale s’ouvre : les Européens profitent de leur technologie militaire supérieure pour s’intégrer aux réseaux commerciaux déjà existants et aussi en en créant de nouveaux.

Certes, la mondialisation, hier comme aujourd’hui, n’a pas été favorable à tous mais les personnes qui ont fait preuve d’ouverture face à l’inconnu s’en sont mieux sorties que celles qui ont refusé de s’y confronter …

C’est un ouvrage de vulgarisation captivant, d’un accès très facile, illustré de cartes, qui donne une vision nouvelle des échanges de biens, d’idées, de religions, de concepts philosophiques qui ont fait le tour de la planète, même au temps reculés de l’an 1000.

 

L’an 1000, quand les explorateurs ont connecté l’humanité et que la mondialisation est née, par Valérie Hansen traduit par Anne-Sophie De Clercq, éditions quanto, 395 p., 24,50€

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