29 février 2008
Langoustines tarbaises
On pourrait tout aussi bien les qualifier de "paimpolaises", selon le type de haricot blanc sec qui les accompagnent. Vous choisirez vous même, mais l'important, c'est de faire tremper lesdits haricots à l'eau froide au moins deux heures avec les les cuire, en rajoutant de temps en temps de l'eau car ils gonflent. Préparer une vinaigrette à base d'huile d'olive et de vinaigre balsamique.
Compter
d'autre part trois belles langoustines (ou plus si vous en avez les moyens) par personne et 100g de haricots secs par personne.
Décortiquer les queues des langoustines. Cuire dix minutes les pinces et les têtes, recueillir le jus en les écrasant (facultatif si on a acheté seulement les queues de langoustines crues).
Arroser
le tout de plusieurs cuillerées à soupe de vinaigrette, plus une grande branche
de ciboulette.
Claude vit un calvaire....
En effet, il a décidé, depuis plusieurs mois, de perdre du poids, en particulier grâce à de grandes marches. Et ici, c'est difficile car très montueux, donc fatigant. Et en plus, je m'efforce de compléter mon répertoire de photos des recettes mises en ligne...Autrement dit, on déguste les photos. Aujourd'hui, donc, deux recettes de poissons, réalisées à partir des richesses du marché traditionnel du jeudi à Monsempron-Libos. Notre seul regret, nous ne visitons plus l'étal de notre merveilleux fromager, Monsieur A. Levèque...trop, ce serait trop ! Voici en tous cas, deux recettes très légères en calories....
Médaillons de lotte au bouillon
Daddy is a lion....
Claude a réussi à connecter son micro à l'ADSL, après un moment de panique lorsque Orange nous a appris que la modification de débit de notre ligne téléphonique pouvait s'effectuer dans un délai de........dix jours ouvrables maximum ! Ils prennent de la marge car en fait, un SMS nous prévenait que la ligne était valable hier soir !
Donc, ça marche sur son micro, on fera des tests sur le mien cet après midi. Comme il va vraisemblablement pleuvoir, ce sera une activité idéale...Mais je vous ai promis des images de notre jardin fleuri mais embrumé, en voici :




28 février 2008
Une virée à Agen, notre capitale !
Bon, l’installation de l’ADSL, c’est pas du gâteau ! Nous n'y sommes pas encore parvenus, mais on ne désespère pas encore..Argh.....Mais cela nous a donné un prétexte pour aller à Agen hier, histoire de déplacer un peu le Landrover qui n’avait pas bougé depuis la Toussaint et qui a démarré au quart de tour…Brave bête. Aussi lui avons-nous payé un coup de propre. Il en est ressorti rutilant. Nous avons également découvert une brasserie très agréable, située sur la place du marché. Elle s’intitule la brasserie des laitiers et est tenue par le même responsable que le restaurant du buffet de la gare. Le décor est superbe et étonnant : moitié boiseries typiques époque 1900, mais un plafond marouflé digne d’un théâtre. 
A part cela, des prix abordables pour une cuisine classique de brasserie. Nous saurons où déjeuner désormais à Agen. Mais vraiment tout de même, une heure de route, quand on peut s'en dispenser, c'est aussi bien !
Lorsque le débit aura été amélioré, je vous passerai des photos du jardin et des arbres en fleurs dans la brume - à défaut de gorilles - c'est très beau aussi.
Dernière promesse : un diaporama des photographies originales d'"Affaire terminée, j'arrive", retrouvées dans l'album de Papa.
27 février 2008
GQ, une nouvelle revue publiée par Condé Nast
Il convient de prononcer « djikiou *» comme ne manque pas de préciser la rédaction de cette revue en version française, qui a récemment fêté son cinquantenaire aux Etats-Unis. Naturellement, dans ce premier numéro, on peine à trouver les textes entre les innombrables pages de publicité. Mais le ton est alerte, les conseils de mode pertinents, les interviews intéressantes, les photos artistiques. Cela parle de mode, de sexe (assez peu), de cuisine, de culture et de cinéma. Cela me rappelle « Elle » d’il y a quelques années, que je dévorais chez le coiffeur. J’oubliais, il s’agit d’un magazine destiné aux hommes, mais, comme vous le constaterez en achetant le premier numéro (à seulement un euro), rien n’interdit aux femmes de le lire…au contraire !
*Le sens du titre est clair : GQ signifie Gentlemens’ Quarterly, très signifiant pour un magazine mensuel….
26 février 2008
La Fayette, nous voilà
Biographie par Gonzague Saint Bris – Gallimard, Collection Folio, 527 pages
Voici un personnage historique dont l’image, en France tout
au moins, est pour le moins brouillée : pour les uns hésitant, sinueux,
naïf, incapable de jouer les grands rôles que le destin lui offre plus d’une
fois, pour les autres, l’homme d’une seule conviction, celle de la liberté et
des droits de l’homme, le héros des Deux Mondes. En fait, l’historiographie de
la troisième République n’aura eu de cesse de le présenter sous un jour
défavorable. Orphelin et millionnaire à quatorze ans, marié à seize ans à la
femme de sa vie (qui n’en a que quatorze et qui se dévouera jusqu’à venir
volontairement partager une captivité de plusieurs années lui ruinant la santé),
il décide, seul, à dix-neuf ans, de partir soutenir les « Insurgents »
américains en finançant l’expédition sur ses propres deniers. Universellement
honoré aux Etats-Unis, fils spirituel de Georges Washington, franc-maçon
convaincu et exemplaire, croyant viscéralement en les vertus de la république, il
traverse la période révolutionnaire de façon atypique, en mettant en selle le
roi Louis-Philippe.
On apprend une foule de chose en lisant la vie de ce
personnage de roman auquel l’auteur a consacré vingt ans de recherche. Il faut
en aimer le style, plus près de l’édito dans Elle que de la rigueur
universitaire. C’est parfois agaçant, mais on finit par s’y habituer, ne pas
laisser tomber pour connaître la fin. Cet ouvrage a au moins le mérite
d’apporter au lecteur une explication à la ferveur américaine entourant le
personnage, chose tout de même assez exceptionnelle pour être soulignée.
Ah ! La campagne, quelle merveille !
La traversée de la France, hier, par l'A20, quelle merveille..On ne s'en lasse pas. La champagne berrichonne, avec ses immenses parcelles d'un vert de velours, dont on imagine déjà la couverture d'épis de blé dans les prochaines semaines, le bassin de Brive avec ses brumes floconnantes, la traversée de Souillac avec mon plaisir suprême : le passage du pont sur la Dordogne, qui marque la frontière avec le Périgord. Et puis, au bout du chemin creux, l'apparition de notre maison : le bonheur. Une maison impeccable, un jardin peigné de frais (merci à nos anges gardiens Carlos et Olivia), des arbres en fleurs, des petites feuilles toutes neuves. Un bémol cependant : il y a certainement une fuite de gaz entre le réservoir et la maison, et cela coûte cher. On va vérifier : Don Miguel est déjà passé et reviendra, on va aussi faire venir Butagaz. Donc, une soirée calmissime, une nuit délicieuse. On va descendre faire les courses car le frigo est rigoureusement vide. J'ai tout de même pris le temps hier soir de mettre en route une fournée avec la machine à pain. Génial pour le petit déjeuner. Je pense déjà à faire du pain perdu...Pas très régime tout ça. Maintenant, il va falloir prendre mon mal en patience car je ne dispose que d'un débit de 45,2 kbits. Combine de temps allons-nous mettre pour installer l'ADSL? à suivre.
25 février 2008
Affaire terminée, j'arrive ! - Chapitre 18 (2)
Si vous souhaitez lire "Affaire terminée, j'arrive !", le récit à deux voix de mes parents de 1920 à 1948, dans l'ordre chronologique, ce qui est tout de même plus facile, reportez-vous au chapitre 1, publié le 6 février.
Chapitre 18 (2) – Clap de fin
A quelques temps de là, Lulu
obtient des services administratifs un ordre de mission pour aller chercher
notre petite Claudie qu'elle avait dû confier à des amis lors de son départ
d'Alger. A celui qui ne savait pas sur quel chapitre budgétaire inscrire cette
dépense, elle suggère de l'imputer sur les crédits de matériel. ... Il reste
toujours des disponibilités pour le matériel ! Munie de son sésame, mais aussi
de pas mal de sang-froid et de culot, vu l'organisation plus que précaire des
transports qui n'en sont qu'au tout début de leur rétablissement, la voilà
partie. Arrivée à Marseille, pas de bateau avant plusieurs jours. Qu'à cela ne
tienne, avec un taxi faisant transport en commun, elle se rend à Cannes
embrasser ses parents et leur apporter en même temps un peu de ravitaillement.
Puis, départ pour Casablanca où elle règle nos affaires, emporte avec elle le
strict nécessaire et part sur Alger. Le trajet s'effectue normalement, car là
bas, pas question de gares bombardées et de ponts sautés. Arrivée à Alger, ma
vaillante Lulu récupère notre petite Claudinette qui commençait à trouver le
temps long chez ces gens bien gentils, certes, mais qu'elle ne connaissait
guère. Et c'est le retour vers Paris, avec tous les aléas des transports qui
n'ont pas d'horaires ...
A Paris, nous logeons maintenant à l'hôtel, rue des Carmes. Cela nous rapproche encore du bureau, et comme il n'y a pas de lit pour Claudie, j'en confectionne vite un avec la grosse malle-cabine que Lulu vient de ramener de Casablanca. Plus tard, après moult négociations plus une recommandation, nous obtiendrons du Cabinet du Ministre, un appartement à la Régie Immobilière de la Ville de Paris, au 68 du boulevard Soult, où nous resterons jusqu'à la retraite, c'est à dire vingt huit ans. Je cours toujours de par le monde. Le 6 octobre 1946, alors que je suis en tournée en Amérique du nord, naît notre seconde fille Marie-Pierre.
Un jour, Pierrette
Terraz de passage à Paris et certainement mandatée par son man avec lequel nous
sommes partis pour la guerre et fait toutes les opérations, me demande si je ne
voudrais pas revenir à Casablanca pour travailler avec lui. Son offre est alléchante.
J'avais eu l'occasion de bricoler bénévolement pour lui, sur des devis
d'adjudications, quand il était à la bourre. Cependant, un peu que je connaisse
son caractère et que surtout le travail que je fais me plait beaucoup, sans
compter le fait que je gagne bien ma vie, à cause des frais de déplacements qui
dans notre cas sont remboursés sur la même base que pour un ambassadeur. .. Si
l'on ajoute à tous cela que nous sommes à la maison entourés d'établissements
scolaires à portée de la main, ou plutôt à nos pieds, pour nos enfants..... Je
décline gentiment son offre. Plus tard, il reviendra à la charge, mais sans
plus de succès. Encore une fois, bien m'en a pris. Quelques années plus tard,
c'est eux qui devront se replier sur la France, à la suite des incidents
sanglants qui se produisent au Maroc. Finalement, nous les aiderons à repartir
dans les affaires dans la mesure de nos moyens, et il créera une des plus
grosses entreprises de bâtiment de la place de Paris.
Quant à moi, je continue à
parcourir le monde avec les yeux grands ouverts. A cette époque, les avions ne
volant qu'entre 3000 et 5000 mètres d'altitude, cela permet de bien voir tous les
détails des panoramas.
C'est comme cela que je verrai les cratères des plus
grands volcans dont le Vésuve, l'Etna, le Kilimandjaro et ceux de la cordillère
des Andes, parfois aussi j'appréhenderai certains atterrissages sportifs tels
que Quito par exemple, où les montagnes s'élèvent à plus de 5000 mètres
Une autre fois rentrant de
Chang-Haï avec un avion américain ayant fini son temps dans le Pacifique,
toujours seul passager à bord et l'équipage ayant liberté de parcours, j'ai pu
voir de très près le palais du Taj Mahal, pierre précieuse de l'Inde.
Le temps
passant, et avec une Lulu qui sait admirablement administrer son budget et moi
qui ne gaspille pas l'argent, nous avons pu, au fil des ans, acquérir quelques
biens et améliorer ce qui lui était revenu de ses parents. A plusieurs reprises
j'ai été sollicité pour partir en poste à l'étranger. Mais cela comportait un
inconvénient majeur : malgré tous les avantages, il aurait fallu changer de
poste tous les trois ou quatre ans, problème majeur pour les études des enfants
de diplomates. A cause de cela, on dit couramment que les enfants
d'ambassadeurs sont rarement ambassadeurs. Après discussions avec Lulu, nous
sommes convenus de rester à Paris.
En 1947, dans le métro qui me
transporte au Bureau, je lis dans mon journal que la veille a été célébrée une
messe en l'église de la Madeleine à la mémoire du capitaine Hacouët, mon
commandant de compagnie pendant l'année 1939. J'en suis tout retourné car
j'aurais tellement aimé y assister et revoir ainsi certains de mes camarades.
Parmi la nombreuse assistance mentionnée dans le journal, je note la présence du Général Campana, notre dernier commandant de régiment, de la Présidence de la République. J'hésite quelques temps, puis un beau jour, je lui demande audience. Il est très heureux de me recevoir, il se rappelle vaguement de moi et nous parlons longuement de tous les anciens du Premier Zouaves, et je lui dis comment j’ai appris sa présence à Paris. Il est très touché de la disparition du Capitaine Hascouët. A partir de là, nous correspondons régulièrement, quand un jour, par une estafette, je reçois à la maison une convocation du Général Campana. Je ne suis pas en retard pour m'y rendre. A peine arrivé dans son bureau, il remet sur le tapis mon action devant Villedomange, puis les circonstances de mes évasions, après cela il me tend un papier à remplir. C'est, ni plus ni moins, une proposition de promotion dans l’ordre de la légion d'Honneur. J'en suis abasourdi.
Je le remercie infiniment et m'en vais, tout guilleret, soudain tout
gonflé de fierté et de bonheur. C'est comme ça que le 20 avril 1950, je puis
lire mon nom dans le Journal Officiel. Dans ces mêmes temps, j'ai besoin de
changer de portefeuille, le mien ayant largement fait son temps depuis avant et
pendant la guerre. Je le vide complètement et l'examine sous toutes les
coutures. Quelle n'est pas ma stupeur d'en retirer, du fond d'une poche, un
demi-mark de captivité, tout fripé. J'en ai a posteriori des sueurs froides,
une belle frousse rétrospective. Si jamais l'officier allemand qui m'avait
tellement fait confiance l'avait trouvé, toute l'histoire à dormir debout que
je lui avais racontée se serait écroulée, et c'était le retour au camp avec
toutes ses conséquences. Et dire que Jean Billon, avant notre départ pour la
ligne de démarcation, avait procédé à une inspection complète de nos affaires
et surtout des portefeuilles ... A quoi tient le destin, parfois ?
Voulant visiter, avant qu'il ne
ferme ses portes, le salon de l'Auto 1948, je dis à ma Lulu, qui ne travaille
plus depuis la naissance de Marie-Pierre, de venir m'attendre à la sortie de
mon bureau. Nous nous retrouvons dans le hall d'Air France, où elle se régale
du va et vient des passagers de tout acabit, puis nous partons à pied jusqu'au
grand Palais. Arrivés juste à l'angle du pont Alexandre III, nous croisons un
grand militaire, nous nous dévisageons et ensemble, nous nous reconnaissons
c'est Julien Beney, et nous étions tous deux chefs comptables au Premier
Zouaves, nous nous étions vus souvent chez l'officier payeur de régiment. Nous
parlons un peu du passé et du présent. Il me dit entre autres choses qu'il est
au Ministère de la Guerre, service des décorations, qu'il a bien vu passer une
demande de promotion au nom de Mens, mais comme il n'a jamais su mon prénom, il
n'y a pas prêté attention. Il me dit:
- Dors
tranquille, elle ne s'égarera pas.
Il en est tout heureux, d'autant
plus qu'il est Chevalier lui-même depuis peu de temps. A dater de ce jour, nous
ne nous sommes plus perdus de vue. Il est devenu un très bon ami de la famille.
En 1972, partant pour la retraite, l'Administration Centrale m'a promu au grade
d'Officier dans l'Ordre national du Mérite, décoration que je porte avec
plaisir, comme les autres d'ailleurs.
Voilà la fin de cette histoire,
celle qui vaut, selon mes filles, la peine d’être racontée. Ensuite, notre
bonheur familial, lui, n’a pas besoin d’être conté……
FIN
24 février 2008
Affaire terminée, j'arrive ! - Chapitre 18 (1)
Chapitre
18 – D’Alger à Paris (1)
Sur cette même ligne, le consul Général qui est Christian
Fouchet, avec qui j'ai mangé plusieurs fois à la mission de Moscou où il était
Capitaine, me demande un jour si j'accepte de céder ma place de retour à un
diplomate, courrier occasionnel, venu faire une visite de reconnaissance de son
nouveau poste et qui, tombé malade sur place, est pressé de rentrer à Alger.
Comme je commence à être rôdé dans mon service et sachant
la chose faisable, j'accepte d'autant plus volontiers que cela me permet de
rentrer avec le Commandant Leburgues, qui est devenu un habitué de la ligne.
Bien m'en a pris, car l'avion s'écrase en bout de piste à Tripoli de Libye.
Aucun survivant. Ouf!
Le 15 août 1944, je vole vers Gibraltar.
Par la lucarne de
l'avion, j'aperçois volant dans la même direction et à la même altitude une
nuée d'avions, tous des dakotas, c'est magnifique. Ils volent si près les uns
des autres que j'ai l'impression de pouvoir passer de l'un à l'autre par le
bout de leurs ailes. Je me pose des questions sur cette Immense armada jusqu'à
ce que j'apprenne, une fois tous impeccablement alignés à Gibraltar, le
débarquement en Provence. Ils viennent tout simplement de larguer des centaines
de parachutistes au dessus de la zone des opérations.
Entre les voyages, Je m'occupe au bureau comme je peux. Je
tape à la machine des décrets de nominations, j'établis des passeports
diplomatiques, tout un tas de petites bricoles dont un service qui se monte a
besoin. A midi, comme Lulu travaille dans le même bâtiment, nous mangeons tous
les deux à la cantine de notre service. Nous nous plaçons par tables rondes de
huit personnes, presque toujours les mêmes. A plusieurs reprises, un jeune enseigne
de vaisseau vient s'assoir à notre table.
Nous savons tous que c'est le fils
du Général De Gaulle, mais comme il est très discret, tout en étant causant,
personne n'y fait allusion. Il n'en est pas de même pour son père, qui pour se
rendre à la salle de conférences qui se trouve dans notre bâtiment, doit
parcourir un long couloir passant devant notre bureau et beaucoup d'autres. Ces
jours là, toutes les portes sont closes et règne un silence monacal, alors qu'à
l'ordinaire, toutes portes grandes ouvertes, chacun vaque d'un bureau à l'autre
avec l’entrain d’une ruche.
Nous sommes assez bien logés à Saint Eugène, avec un grand
balcon d'où nous bénéficions d'une vue splendide sur la mer et la baie d'Alger.
Septembre arrive. Vers le milieu du mois, rentrant de Moscou après une absence
d'une vingtaine de jours, je ne trouve plus personne au bureau, ni à la maison.
Tout le monde a rejoint Paris.
Je ne m'attarde pas à Alger, le lendemain je rejoins moi
aussi, en faisant escale à Toulouse. Je retrouve vite mon service au Quai
d'Orsay et ma Lulu en même temps. Elle a fait le voyage sur un navire de
guerre, étant une des rares femmes, cinq en tout je crois, à avoir suivi le
gouvernement provisoire, mettant un temps fou, faisant escale en Angleterre
pour finalement débarquer à Cherbourg. Puis, par train et en trois jours, les
services sont arrivés à Paris.
Nous sommes logés dans le quartier du Panthéon, rue de
l'Estrapade, ce qui ne nous pose pas de problème pour aller au bureau car les
transports en commun sont plutôt rares. Au Quai d'Orsay, notre service occupe
les locaux officiels de la valise diplomatique et le travail s'organise sur de
nouvelles bases. Ensuite, le Chef de service m'expédie défricher les capitales
nordiques.
Pour ce faire, j'embarque à bord d'une forteresse volante qui me
dépose à Oslo d'un seul vol, puis le train me conduit à Stockholm, puis à
Copenhague. Je fais tellement diligence que le patron, à mon retour, m'en fait
presque le reproche, me disant qu'il n'y avait pas lieu de s'affoler ... Il est
vrai que pour sa part, il avait mis deux mois pour faire la tournée d'Afrique
du Sud.
Des dix courriers d'Alger, nous ne sommes plus que deux,
mon ami Jean Lebrun et moi. Ma petite Lulu est maintenant la secrétaire
particulière d'un Ministre, Monsieur Jean Chauvel. Dans notre service, de
nouveaux collègues nous ont rejoints, issus de la Résistance ou de l'ancienne
administration. Le temps passe jusqu'au jour où notre chef de service m'appelle
dans son bureau pour me demander quelle est ma situation militaire. Je lui
réponds que je suis en activité, avec le grade de Sous-lieutenant, ayant été
promu le 25 avril 1944. Il lève les bras au ciel et me dit :
- Mais, nom d'un chien, il y a un
mois que vous êtes titulaire de votre emploi !!! Comment pouvais-je le savoir ?
Personne ne m'en a parlé, et le gars Lebrun est dans le même cas.
(à suivre)
Vlaminck, un instinct fauve
Autant
vous préparer tout de suite, il y a et aura très longtemps une queue énorme
pour cette exposition exceptionnelle des œuvres de Maurice de Vlaminck
(1876-1958) au Musée du Luxembourg. Mais cela en vaut la peine. Vous pouvez
aussi réserver par internet (jusqu’au 20 juillet).
Lorsque
j’étais plus jeune, ma mère avait fait encadrer une reprographie d’un tableau
de Vlaminck dans le salon. C’était une œuvre de la période sombre, après le
traumatisme de la guerre de 14-18, un paysage de maison sous un ciel plombé. Aujourd’hui,
j’ai découvert la couleur pure, « sortie du tube », une peinture
généreuse, aux touches larges et sures…celle des œuvres allant de 1905 à 1915.
Des portraits saisissants (la fille du Rat mort, le chapeau à plumes), des
natures mortes denses, des paysages surtout, d’une fraicheur éclatante.
Maurice de
Vlaminck est un peintre autodidacte. Il fut tour à tour mécanicien à Chatou et
aussi coureur cycliste…et écrivain. Il rencontre André Derain en 1900, est
influencé par Van Gogh, Cézanne. Il réalise sa première exposition en 1904 et
figure parmi les « fauves » qui font scandale au Salon d’Automne de
1905. Antimilitariste, libertaire, il brule l’effigie d’Adolf Hitler en 1939,
ce qui ne le dispense pas de participer au funeste voyage d'artistes organisé par les autorités de
la France occupée en Allemagne en 1944, et qui lui vaudra bien des
ennuis.
Profondément
marqué par le Grande Guerre, il peint des paysages sombres après celle-ci.
L’exposition rassemble donc une impressionnante série d’œuvres de jeunesse,
dispersées dans des collections particulières et des musées lointains. Une
occasion à ne pas manquer…










